Articles vedettesMars 2019

« Cher journal, la situation est encore grave, mais il y a de l’espoir »

« M. Plevritis est à l’Unité de soins intensifs en cardiologie? », demande Olivia Frank, surprise. « Ça doit être très récent. »

La secrétaire à la réception hoche la tête. Madame Frank, étudiante bénévole à l’HGJ, quitte donc le sixième étage du pavillon K, où se trouvent les chambres des patients. Avec son poing, elle presse le bouton de l’ascenseur pour descendre au deuxième étage.

De gauche à droite : Susan Cameron, infirmière-enseignante au sein de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux; Olivia Frank, étudiante bénévole; et Pina D’Orve, travailleuse sociale à l’Unité.

De gauche à droite : Susan Cameron, infirmière-enseignante au sein de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux; Olivia Frank, étudiante bénévole; et Pina D’Orve, travailleuse sociale à l’Unité.

« Je cherche M. Panagiotis Plevritis », annonce-t-elle avec un pâle sourire à la secrétaire des Soins intensifs en cardiologie.

Celle-ci parcourt de l’index une feuille, puis opine de la tête. « Oui », confirme-t-elle. « Chambre 73. Êtes-vous un membre de la famille? »

« Je suis bénévole pour l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux », répond madame Frank. « Je raconte l’histoire de M. Plevritis. »

Madame Frank emprunte le couloir menant à la chambre 73. Mais en arrivant devant la porte, elle s’arrête.

Les choses ont pris une tournure inattendue. M. Plevritis, intubé, est assis dans son lit d’hôpital. Assis à un bureau dans un coin de la pièce, son fils, Jimmy Plevritis, a la tête baissée, un bras recouvrant son visage.

« Oh, je ne veux pas les déranger », dit madame Frank, le menton dans la main. « Mais je dois savoir ce qui s’est passé. »

Suivant les progrès de M. Panagiotis et consignant les divers soins qu’il reçoit pour une infection virale depuis le 24 octobre, madame Frank assume un rôle qui peut sembler inusité. Pour certains, elle a quelque chose d’une journaliste. Pour d’autres, c’est une bénévole vêtue de bleu comme les autres.

Or, pour le personnel de l’Unité des soins intensifs médicaux-chirurgicaux (USIMC), elle fait partie du système de soutien en permettant aux patients et à leur famille de documenter leur expérience aux Soins intensifs.

Depuis septembre, l’étudiante en psychologie de l’Université McGill dirige le projet des Journaux de l’USI. Pendant ses deux visites hebdomadaires à l’USIMC, elle s’entretient avec les patients participants (s’ils sont en mesure de communiquer) et leur famille, et elle note leurs observations, leurs émotions ou leurs pensées dans un journal.

Après leur séjour à l’hôpital, les patients et leurs proches pourront accéder à une copie électronique du journal, ou en demander une version imprimée.

« Elle offre un soutien additionnel dans un environnement très intense », explique Pina D’Orve, travailleuse sociale à l’USIMC. « Les patients et leur famille veulent lui raconter leur histoire. Que celle-ci soit triste ou heureuse ou qu’ils aient besoin de se confier, un journal leur permet de canaliser leurs émotions. »

« Pendant des mois, son état ne s’améliorait pas », raconte madame Frank. « On envisageait de cesser progressivement de prodiguer des soins. Puis, tout à coup, de petits changements sont survenus. Jimmy me disait que son père avait mangé, parlé ou ouvert les yeux. C’est motivant pour lui de consulter le journal et de voir tous les progrès que son père a accomplis. »

« Quand on passe beaucoup de temps à l’USI, on oublie les petits moments positifs parce qu’on est obnubilé par la gravité de la situation. Mais les entrées du journal racontent une histoire de résilience et de force. »

Les renseignements recueillis – texte, vidéos ou photos – sont consignés électroniquement sur une tablette à l’aide d’une application appelée Penzu. Tout patient ou proche peut demander la tenue d’un journal, mais madame D’Orve aide madame Frank à trouver des candidats au programme. Il s’agit habituellement de patients qui devront séjourner longtemps à l’USIMC, ce qui se prête mieux à la rédaction d’un journal.

« Les Journaux de l’USI aident beaucoup les membres de la famille et même les patients à prendre la pleine mesure des progrès réalisés », explique madame D’Orve. « Ils ont un effet bénéfique, parce qu’en les consultant, les membres de la famille voient où ils en étaient au début, et où ils en sont aujourd’hui. »

« Quand on passe beaucoup de temps à l’USI, on oublie les petits moments positifs parce qu’on est obnubilé par la gravité de la situation », ajoute madame Frank. « Mais les entrées du journal racontent une histoire de résilience et de force. »

L’initiative découle du Programme de liaison de l’USI, qui soutient le bénévolat d’étudiants universitaires auprès du personnel d’unités de soins intensifs. Son objectif est d’alléger le stress que subissent les membres de la famille et les amis d’une personne dans un état critique quand ils lui rendent visite.

C’est Jimmy, dont le père a plus tard été de nouveau transféré au K6, qui a choisi de tenir un journal parce que le concept lui semblait intéressant, notamment pour faciliter la gestion des émotions.

« Le personnel et les bénévoles nous ont aidés à traverser un moment très difficile, et nous ne pouvons en demander plus », commente-t-il. « Nous avons reçu les soins médicaux et émotifs dont nous avions besoin, et nous en sommes reconnaissants. »

« Je suis heureuse de pouvoir immortaliser la présence des membres de la famille », ajoute madame Frank. « Même si ce ne sont pas eux qui sont hospitalisés, ils souffrent peut-être eux aussi. Un journal leur permet de s’exprimer sans détourner l’attention du patient. »

« C’est une longue histoire, dont chaque jour constitue un chapitre », ajoute Jimmy.

Même si M. Panagiotis n’est plus à l’USIMC, madame Frank demeure en contact avec Jimmy et rédige encore des entrées dans son journal.

« Les membres de la famille sous-estiment souvent leur importance ou ils croient qu’ils n’en ont pas fait assez, surtout si le patient décède », explique madame D’Orve. « Mais quand ils relisent le journal, ils saisissent l’importance de leur présence et l’incidence qu’elle a eue dans le parcours du patient. »

« L’histoire de Jimmy est l’exemple parfait du pouvoir de l’amour », ajoute madame Frank. « Il a rendu visite à son père chaque jour pendant cinq mois, et je crois que sa présence a eu un effet très bénéfique. »

Le personnel de l’USIMC espère que d’autres étudiants bénévoles participeront au projet des Journaux de l’USI pendant leur quart à l’unité. L’USIMC est un milieu émotionnellement difficile, mais madame Frank continue son travail parce qu’elle croit en son utilité.

« J’ai noué des relations exceptionnelles avec le personnel et avec des membres de la famille de patients qui sont ici depuis si longtemps », explique-t-elle. « Je trouve très gratifiant d’apporter une note positive dans un environnement aussi difficile. »

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