Articles vedettesSeptembre 2019

La réalité virtuelle transporte les patients en soins palliatifs vers des lieux exotiques enivrants

La technologie numérique élève l’esprit tout en soulageant l’anxiété et la dépression

Lucie Lacroix a toujours rêvé de pouvoir se rendre avec son mari à Cinque Terre, une région pittoresque au bord de falaises donnant sur la mer dans le nord-ouest de l’Italie. Malheureusement, ce voyage n’a jamais pu se faire.

Toutefois, grâce au casque de réalité virtuelle qu’on lui a fourni dans le Service des soins palliatifs de l’HGJ, Mme Lacroix a enfin eu la chance de s’immerger dans les splendeurs de Cinque Terre, tout en ressentant à ses côtés la présence de son défunt mari.

Un nombre croissant de patients en soins palliatifs de l’HGJ ont pu, comme Mme Lacroix, profiter de cette technologie qui permet de remonter le moral tout en apaisant l’anxiété, la peur et la dépression. Il s’agit des seuls patients dans un hôpital au Québec à utiliser les vidéos de réalité virtuelle de cette façon.

L'espoir, c'est la vieActuellement, deux casques de réalité virtuelle sont disponibles, grâce à l’aide de L’Espoir, c’est la vie. Toutefois, ce nombre augmentera si les résultats d’une étude qui sera bientôt menée confirment, comme prévu, les effets bénéfiques des excursions virtuelles.

Pour Mme Lacroix, les sentiments de bonheur et de plaisir que les vidéos lui procurent sont réels. « Ça m’a mis comme sur un coussin de bien-être », explique-t-elle, émotions qu’elle a ressenties non seulement pendant les films, mais aussi dans les heures qui ont suivi la projection.

« Depuis la première seconde où j’ai commencé à visualiser le film, je suis encore sur ce coussin-là, poursuit-elle. Ça ne finit pas avec la fin du film, parce qu’encore dans ma tête, j’ai des images qui sont tellement belles. Je trouve que ça m’a donné la force pour continuer. »

Les moments de bonheur de Mme Lacroix se sont multipliés en août, alors qu’elle croisait un troupeau d’éléphants africains, examinait la vie dans un désert aride et s’élevait au-dessus de chutes reconnues parmi les plus hautes au monde — expériences qu’elle a décrites comme étant « extraordinaires et vraiment fabuleuses ».

C’est précisément la réaction que Rifka Hanfling espérait provoquer lorsqu’elle a introduit les casques dans l’Unité des soins palliatifs à l’automne 2018. Plus tôt cette année‑là, Mme Hanfling, coordinatrice des Soins palliatifs pour L’Espoir, c’est la vie, recherchait de nouveaux types de thérapies complémentaires lorsque le sujet de la réalité virtuelle a été soulevé par Sophie Guérin, bénévole et également étudiante en médecine.

Travaillant ensemble, elles ont découvert que la technologie avait été essayée à Londres, en Angleterre, et à Toronto pour apaiser les craintes et l’anxiété des patients dans les unités de soins palliatifs, mais également dans les unités de soins aux brûlés et avec les enfants anxieux à l’idée des traitements qu’ils devaient subir.

Appuyée par L’Espoir, c’est la vie, et le docteur Bernard Lapointe, chef de l’Unité des soins palliatifs de l’HGJ, Mme Hanfling a demandé à un ami de lui prêter l’équipement pour ses patients.

« Ils s’enthousiasment dès qu’ils enfilent le casque et s’exclament de bonheur lorsqu’ils reconnaissent tel ou tel endroit. Les films leur donnent l’occasion de partager leur passé avec les membres de leur famille. »

« Un grand nombre de nos patients immigrants nous disaient rêver de revoir leur pays natal une dernière fois, se souvient-elle. Je savais qu’on pouvait faire quelque chose pour eux. »

Ce ‘quelque chose’ fut de télécharger des documentaires de voyages virtuels dans des régions du monde entier d’une grande importance émotive pour les patients. Actuellement, la bibliothèque compte environ deux douzaines de vidéos — d’une durée d’environ cinq minutes chacune — qui explorent, entre autres, Paris, Jérusalem, Manhattan, la Mecque, l’Écosse, le Chile, le désert de Dubaï et le mont Elbrouz en Russie.

En janvier cette année, Mme Hanfling a acheté deux casques que les patients utilisent maintenant plusieurs fois par semaine. Les appareils, nettoyés après chaque usage pour prévenir la propagation d’infections, sont à la disposition des patients dont l’état de santé le permet et qui ne souffrent pas d’étourdissements, de démence ou d’autres problèmes semblables. Les patients doivent être en mesure de se mettre en position assise sur leur lit et de tourner la tête assez facilement pour pouvoir pleinement apprécier le panorama de 360 degrés.

On pourrait penser que les patients seraient déprimés par les scènes du « vieux pays » qu’ils ne pourront jamais plus revoir. Or, c’est tout le contraire qui se produit, affirme Mme Hanfling. Ces visites ravivent des souvenirs de moments heureux dont les patients ont hâte de parler.

« Ils s’enthousiasment dès qu’ils enfilent le casque et s’exclament de bonheur lorsqu’ils reconnaissent tel ou tel endroit. Puis ils commencent à évoquer d’autres lieux. Les films suscitent des sentiments agréables chez les patients et leur donnent l’occasion de partager leur passé avec les membres de leur famille. »

Mme Hanfling a constaté que ces sentiments positifs peuvent durer au moins deux heures, mais elle est déterminée à aller plus loin que de simples observations. C’est pourquoi elle et Mme Guérin entendent lancer une étude, sous la direction de la docteure Carmen Loiselle, directrice scientifique à L’Espoir, c’est la vie, et de Jacqueline Vachon, directrice de recherche. Le docteur Lapointe en sera le chercheur principal.

Bien que les recherches effectuées par d’autres établissements aient déjà établi les bienfaits de la réalité virtuelle, Mme Hanfling souligne que l’étude qui sera menée par l’HGJ devrait étayer les résultats précédents. Elle espère également que le sujet fera l’objet d’un mémoire de recherche qui pourrait être présenté l’an prochain lors d’un congrès sur les soins palliatifs.

À long terme, et avec l’appui de L’Espoir, c’est la vie, Mme Hanfling voudrait acquérir d’autres casques, améliorer l’équipement et retenir les services d’une entreprise qui se chargerait de télécharger et d’enregistrer les vidéos à l’aide de la technologie infonuagique.

« Lorsque j’entre dans la chambre d’un patient avec le casque en main, je suis immédiatement accueillie avec un sourire et la question : ‘Où est-ce que je vais aujourd’hui ?’ Grâce à la réalité virtuelle, on retrouve la personne qu’ils sont plutôt que le patient que nous voyons ici. »

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