Août 2019Pleins feux

Plus de cinq décennies de services psychiatriques novateurs à l’HGJ!

L’Institut de psychiatrie communautaire et familiale célèbre son 50e anniversaire

En cette année 2019 marquant le demi-siècle d’existence du Service de psychiatrie de l’HGJ, des vœux de «  bon 50e » sont certainement de mise, mais « bon 67e… et bon 73e » le sont tout autant!

En effet, c’est en 1946, il y a 73 ans, que l’Hôpital instaurait son premier Service de psychiatrie comme division du Service de neurologie.

Et en 1952, il y a 67 ans, la Psychiatrie prenait officiellement sa place au sein de l’HGJ comme service clinique autonome.

Il reste que l’inauguration de l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale (IPCF) en juin 1969 revêt quelque chose d’unique. En effet, conçu en 1946 et créé en 1952, ce n’est qu’il y a 50 ans que l’Institut a réellement atteint sa maturité, lorsqu’il a emménagé dans un bâtiment construit exclusivement à son usage.

Même si les patients étaient encore hospitalisés dans une unité interne de l’Hôpital, beaucoup d’activités furent alors transférées à l’IPCF. Sa structure distincte fut aussi reconnue comme avant-gardiste à l’époque en raison de sa facture ultramoderne et de son amphithéâtre d’environ 150 places.

Le Dr Khalil Geagea, psychiatre en exercice depuis 1973, qui entra initialement au service de l’IPCF en 1969 comme résident, dit avoir été rapidement stimulé par la double vocation du nouvel Institut, soit de devenir le centre névralgique de la recherche psychosociale de l’HGJ et d’aménager un « environnement de confidentialité, de tranquillité et de calme » pour faciliter les séances de psychanalyse des clients.

Bâtir sur des bases solides

Dr Nathan Epstein, chef du Service de psychiatrie de 1959 à 1967.

Dr Nathan Epstein, chef du Service de psychiatrie de 1959 à 1967.

La construction de l’IPCF fut possible, en grande partie, parce que le Service de psychiatrie se révéla à la hauteur d’un projet aussi ambitieux. En effet, au milieu des années 1950, sous la direction de son chef fondateur le Dr Saul Albert, l’unité d’hospitalisation comptait 20 lits, et de nouvelles cliniques de pédopsychiatrie, de gériatrie, de bien-être familial et de toxicomanie ouvrirent dès 1959.

Le Service réussit également plusieurs « premières » de taille. En 1960, le Dr Nathan Epstein, devenu chef du Service l’année précédente, lança le concept relativement nouveau de thérapie familiale en créant la Division de pédopsychiatrie et de psychiatrie familiale de l’HGJ, le premier programme en son genre à Montréal. Peu de temps après, il mit sur pied le premier programme de formation en thérapie familiale au Canada.

Lorsque le Dr Henry Kravitz devint chef du Service en 1967, le Programme de pédopsychiatrie avait déjà été créé avec à sa tête comme tout premier directeur le Dr Ronald Feldman. Situé au quatrième étage de la nouvelle aile nord-est de l’Hôpital, le Programme entra dans l’histoire comme première unité d’hospitalisation en pédopsychiatrie au sein d’un hôpital général canadien.

Au milieu des années 1960, il devint clair que le Service de psychiatrie avait urgemment besoin de plus d’espace pour élargir ses programmes (incluant ceux visant les adolescents et la lutte contre le suicide) et accueillir sa gamme croissante d’activités de recherche (comme une étude sur les familles des survivants des camps de concentration).

Financer et façonner le rêve

Dr Henry Kravitz, chef du Service de psychiatrie de 1967 à 1988, près de l’HGJ dans un terrain de jeu pour les enfants traités à l’IPCF.

Dr Henry Kravitz, chef du Service de psychiatrie de 1967 à 1988, près de l’HGJ dans un terrain de jeu pour les enfants traités à l’IPCF.

Un nouveau bâtiment pour le Service de psychiatrie s’imposait, mais d’où viendrait le financement? C’est un donateur anonyme qui offrit un don initial de 750 000 $, complété plus tard par une subvention de 1,3 million de dollars de la Caisse fédérale d’aide à la santé.

Même l’architecture moderne de l’IPCF reflétait la démarche prospective du Service en matière de psychiatrie. Celle-ci fut avancée par le Dr Feldman, qui approfondit ses connaissances en pédopsychiatrie dans les années 1960 en s’inspirant de divers établissements médicaux aux États-Unis.

En effet, lors de sa visite d’un institut à Urbana, en Illinois, il fut particulièrement impressionné par la structure épurée de l’établissement, qui arborait de longues fenêtres verticales et présentait d’autres caractéristiques évocatrices du style japonais.

Le Dr Feldman revint à Montréal tout emballé par ce concept, qui se révéla si populaire que certains de ses éléments furent incorporés à la structure de l’Institut Lady Davis, le futur établissement de recherche de l’Hôpital à l’époque encore à l’étape de planification.

Les deux édifices en face de la rue Légaré, séparés de quelques pas, furent érigés presque en même temps et inaugurés en 1969. « Je suis très fier d’avoir laissé une marque dans ces deux établissements », dit aujourd’hui le Dr Feldman.

Liens des patients avec les familles et les amis

Dr Khalil Geagea, psychiatre membre du personnel depuis 1973.

Dr Khalil Geagea, psychiatre membre du personnel depuis 1973.

C’est la philosophie du Dr Kravitz qui prédominait à l’IPCF à l’époque, souligne le Dr Geagea, soit qu’il existe un lien inextricable entre la personne et la maladie. Pour le Dr Kravitz, la seule façon d’élucider la maladie est de traiter le patient non pas comme un individu, mais comme une personne rattachée à un réseau de liens complexes avec la famille et la communauté, évoluant dans le contexte du voisinage, de la religion, de la race, de l’ethnicité et d’une foule d’autres facteurs.

Aujourd’hui, les membres du personnel décrivent cette époque — et les années 1970 en général — comme une période de grande effervescence et de ferveur intellectuelle, marquée par une soif de nouvelles démarches et par la volonté de s’engager dans l’anticonformisme.

Par exemple, le Dr Joel Paris, spécialiste des troubles de la personnalité, formé à l’HGJ avant de se joindre au Service de psychiatrie en 1972, se souvient que certains patients et leurs proches étaient couramment interviewés devant un auditoire dans l’amphithéâtre de l’IPCF. Le patient et les membres de sa famille assis sur l’estrade répondaient aux questions du thérapeute devant une douzaine de professionnels assistant à la séance en guise de formation.

Dr Joel Paris, membre du personnel du Service de psychiatrie depuis 1972.

Dr Joel Paris, membre du personnel du Service de psychiatrie depuis 1972.

« Ces séances pouvaient certes être un peu tendues, explique le Dr Paris, parce que la famille était là, en pleine vue de tous ces gens. Par contre, elles présentaient de nombreux avantages. »

Cet intérêt pour les techniques innovantes explique pourquoi l’IPCF attirait particulièrement les activistes sociaux comme le Dr Daniel Frank. Encore étudiant en médecine, ce dernier consacra beaucoup de temps à une nouvelle clinique communautaire dans le quartier Pointe-Saint-Charles, d’ailleurs encore très active aujourd’hui. Voyant que l’HGJ partageait la même aspiration de répondre aux besoins des patients, le Dr Frank termina son internat à l’Hôpital en 1970 et se joignit au personnel du Service de psychiatrie en 1974.

Durant ces premières années, les membres du personnel de l’IPCF abordèrent la question de la rémunération de manière inhabituelle : « Ils mirent leurs salaires en commun puis les divisèrent également, explique le Dr Frank, afin que les chercheurs et les enseignants, par exemple, soient payés autant que les cliniciens. Le but était d’éviter de verser dans la cupidité et les disparités salariales ».

Explosion de créativité

Même les titres et les diplômes avaient moins d’importance à cette époque. « Ce sont les compétences qui comptaient pour moi, pas les titres professionnels, de dire le Dr Feldman. À mon avis, les gens ne se définissent pas par leurs diplômes, mais par leur enthousiasme, leur talent, leur créativité et leur capacité à travailler ensemble. C’est ce qui importe le plus ».

Amphithéâtre de l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale

Amphithéâtre de l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale

« Nous étions proches les uns des autres et nous nous amusions. Et s’il y avait un différend entre nous, nous trouvions une solution. Les idées étaient respectées, et les gens le savaient. C’était une époque de grande créativité et d’effervescence. »

Le Dr Paris partageait également ce sentiment de camaraderie, surtout après que l’IPCF eut acquis la réputation de centre d’enseignement et qu’il commença à attirer quelque 75 résidents par an.

« Il régnait un sentiment d’exaltation, nourri par une abondance de nouvelles idées. Nous étions comme une petite communauté et aimions nous tenir ensemble au lieu de rivaliser pour le prestige ou les honneurs. Nous étions comme une famille. »

Cette cohésion et cette vigueur ont contribué à vitaliser l’IPCF à travers les décennies au cours desquelles le Service de psychiatrie créa de nouveaux services — notamment, une clinique de soins continus pour traiter la schizophrénie en 1985 — afin de répondre aux besoins changeants des clients.

Sous la direction du Dr Philip Beck, devenu chef du Service en 1988, le Programme de formation en thérapie du couple et de la famille fut accrédité comme programme de formation postuniversitaire par l’American Association for Marriage and Family Therapy. Un projet d’appartements supervisés fut également mis en place afin de promouvoir l’autonomie des patients aptes à fonctionner en dehors du cadre clinique.

Nouveau siècle, nouveaux succès, nouveaux défis

Lorsque le Dr Michael Bond fut nommé chef du Service en 1999 (poste qu’il occupa jusqu’en 2014), le besoin de meilleures installations pour le Programme de pédopsychiatrie devint de plus en plus urgent. Ainsi, en 2010, tous les services de pédopsychiatrie furent réunis dans le nouveau pavillon Ruth et Saul Kaplan sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, sous l’égide du Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale de l’HGJ. Trois ans plus tard, la première bourse d’études en thérapie familiale fut instaurée au sein du Programme de pédopsychiatrie.

Bibliothèque de l’IPCF dans les années 1970.

Bibliothèque de l’IPCF dans les années 1970.

Aujourd’hui, le Dr Karl Looper, chef du Service de psychiatrie depuis 2014, compte parmi ses succès l’ouverture l’année dernière du Centre de ressources et d’information dans l’entrée principale de l’IPCF, ainsi que l’inauguration, au printemps dernier, du Programme de jour en psychiatrie adulte dans le pavillon B entièrement rénové.

À l’horizon l’année prochaine, sont prévues l’ouverture de l’unité d’hospitalisation de 48 lits largement rénovée dans le pavillon B ainsi que la mise en œuvre de la vision du Dr Looper consistant à transformer le sous-sol de l’IPCF en centre de recherche à la fine pointe de la technologie d’ici 2020 ou 2021.

Le temps passe, les installations changent et le personnel évolue. Le Dr Looper reconnaît qu’un « grand nombre de psychiatres sont à l’âge de la retraite ou entament la dernière étape de leur carrière, et que le roulement du personnel fait partie de notre réalité ».

« Dans les cinq dernières années, de nouvelles personnes se sont jointes à notre Service en raison de plusieurs départs. Et dans les dix prochaines années, les changements au niveau du personnel se feront certainement au même rythme. Ce sera une période intense, certes, mais intéressante. »

Toutefois, selon le Dr Looper, ce qui perdurera « est l’approche globale de l’IPCF en matière de gestion de la santé mentale. Cette approche humaniste et soucieuse du contexte communautaire repose sur la compréhension des aspects de vie sociaux et culturels des patients. Nous accordons également une grande attention aux éléments psychologiques et psychothérapeutiques plutôt que de nous en remettre simplement à la médication ».

« Sur le plan du personnel, nous avons conservé la cohésion, le sens de la communauté et l’esprit de collaboration. Ce sont ces éléments qui ont attiré des personnes aux vues similaires, animées par le désir d’appartenir à un groupe dont les membres poursuivent la tradition de travailler très étroitement ensemble. »

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