Novembre 2019Pleins feux

Que peut faire un dentiste quand un patient ne peut tenir en place?

Fournir des soins dentaires sous anesthésie générale dans une salle dopération

Au début, tout se passe bien quand Naomie Joseph-Dandurand entre dans la salle d’opération de l’HGJ, se glisse sur la table et sourit aux membres de l’équipe. Mais tout bascule rapidement lorsque les aspects imprévisibles de son autisme prennent le dessus.

Bien qu’elle ne le fasse pas intentionnellement, Naomie se tourne sur son estomac lorsqu’on lui demande de se coucher sur le dos. Lorsqu’elle finit par se tourner, sa blouse d’hôpital s’enroule autour de sa taille. Puis elle arrache le chapeau en plastique de ses cheveux et le jette à terre.

Avant le début de son examen dentaire dans la salle d’opération de l’HGJ, Naomie Joseph-Dandurand (au bas de la photo) commence à ressentir les effets de l’anesthésie générale. Elle est calmée et rassurée par le Dr Robert Karanofsky (au centre), ainsi que par sa mère, Chantal Dandurand, et le Dr Matthew Cameron, anesthésiste.

Avant le début de son examen dentaire dans la salle d’opération de l’HGJ, Naomie Joseph-Dandurand (au bas de la photo) commence à ressentir les effets de l’anesthésie générale. Elle est calmée et rassurée par le Dr Robert Karanofsky (au centre), ainsi que par sa mère, Chantal Dandurand, et le Dr Matthew Cameron, anesthésiste.

C’est en raison de ce type de comportement que Mme Joseph-Dandurand s’est retrouvée dans une salle d’opération par une matinée d’automne. Le dentiste Robert Karanofsky ne peut examiner sa patiente de vingt ans que si celle-ci est soumise à une anesthésie générale, acte devant être effectué dans une salle d’opération.

Une fois par mois, le Dr Karanofsky consacre une journée entière aux patients comme Mme Joseph-Dandurand. Certains souffrent de troubles physiques (paralysie cérébrale ou tremblements incontrôlables, par exemple), tandis que d’autres présentent des troubles de comportement (autisme ou anxiété extrême) qui les rendent incapables de laisser un dentiste les examiner, ne serait-ce que brièvement.

Ces patients peuvent être suivis jusqu’à l’âge de 18 ans à l’Hôpital Sainte-Justine ou à l’Hôpital pour enfants de Montréal, mais pas une fois adultes. L’HGJ est l’un des rares hôpitaux de la région de Montréal – voire de tout le Canada – à posséder l’expertise et les installations requises pour fournir des soins dentaires sous anesthésie générale aux patients adultes souffrant de troubles médicaux compliqués.

Lorsque Mme Joseph-Dandurand est endormie, le Dr Karanofsky procède à un examen buccal complet, effectue un nettoyage des dents, des plombages et décide de toute autre procédure dentaire qui s’impose.

Comme il n’a vu Mme Joseph-Dandurand que pour une courte consultation quelques mois plus tôt, il doit être prêt à traiter tout problème qu’il pourrait découvrir. Plus tôt dans la matinée, la mère de sa patiente, Mme Chantal Dandurand, l’avait d’ailleurs informé que sa fille avait eu trois semaines auparavant un abcès douloureux qui avait gonflé sa joue. Le dentiste prévoit donc qu’il faudra probablement extraire une dent.

Une source de réconfort 

Plus tard, prenant une pause dans la salle d’attente familiale, Mme Dandurand se dit chanceuse que sa fille ne fasse pas d’histoire lorsqu’il s’agit de prendre des médicaments ou de se soumettre à des injections ou des analyses sanguines. Toutefois, les soins dentaires conventionnels sont hors de question pour elle.

Mme Dandurand est également soulagée que Naomie ait pu compter sur l’aide du Dr Karanofsky et de son équipe. « Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans eux », dit-elle.

« Naomie ne peut pas expliquer ce qu’elle ressent lorsqu’elle a mal. Alors cette procédure dentaire n’est pas une question de commodité – elle est essentielle. Elle ne pourrait pas faire face à l’avenir autrement. »

Bien que largement méconnu du public, ce type de service dentaire existe depuis des années. C’est une responsabilité que le Dr Mel Schwartz, chef du Service de dentisterie à l’HGJ, a héritée de son prédécesseur, le Dr Bernard Slimovich, au début des années 1980, et qui a été déléguée au Dr Karanofsky.

« Naomie ne peut pas expliquer ce qu’elle ressent lorsqu’elle a mal. Alors cette procédure dentaire n’est pas une question de commodité – elle est essentielle. Elle ne pourrait pas faire face à l’avenir autrement. »

Ce service fait également partie de la vaste gamme de solutions offertes par l’HGJ pour répondre aux besoins de certains patients. Par exemple, selon son état de santé, un patient pourrait recevoir des soins à la clinique dentaire assis sur un fauteuil roulant ou même debout. On trouve également un palan électrique dans deux des salles d’examen du Service pour pouvoir transférer un patient de son fauteuil roulant à la chaise d’examen conventionnelle, au besoin.

Selon le Dr Schwartz, la demande de soins dentaires en salle d’opération n’a cessé d’augmenter, surtout depuis la création du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, en 2015. Aujourd’hui, les dentistes de l’HGJ sont appelés à traiter une foule de patients différents provenant d’autres établissements du CIUSSS, incluant des résidents âgés d’établissements de soins de longue durée et des personnes souffrant de handicaps physiques et mentaux d’autres organisations.

Même si l’anesthésie générale est souvent incontournable, le Dr Karanofsky souligne qu’elle comporte des risques et qu’il essaie de l’éviter le plus possible. Une des solutions adoptées est de combiner les soins à une autre procédure. Par exemple, cet été, lorsqu’un patient atteint d’autisme grave a subi une anesthésie générale pour une coloscopie, le Dr Karanofsky en a profité pour examiner les dents du patient une fois l’intervention de l’équipe médicale terminée.

Cet aspect de la dentisterie a attiré le Dr Karanofsky depuis qu’il a fait sa résidence à l’HGJ en 2013, à la fin de ses études à l’Université McGill. Conscient de son attirance pour cette pratique, le Dr Schwartz a invité le Dr Karanofsky à l’accompagner dans les cas d’anesthésie générale puis, il y a environ deux ans, lui a confié la charge de ces patients.

La patience, une qualité essentielle

Questionné sur les qualités qui permettent au Dr Karanofsky de fournir ce type de soins, le Dr Schwartz répond qu’il a immédiatement remarqué que le Dr Karanofsky « était un jeune homme certes très compétent sur le plan professionnel, mais surtout empathique, compatissant, et bon communicateur ».

« Un dentiste dans ce domaine doit absolument avoir de la patience, et c’est le cas du Dr Karanofsky. Il faut qu’il puisse accorder plus de temps aux patients et expliquer clairement aux proches et aux aidants les objectifs et résultats poursuivis. »

« Chaque jour est différent. On ne peut pas adopter une approche généralisée avec ces patients. Il faut être prêt à répondre aux besoins de chacun ».

« Il faut pouvoir convaincre le membre de la famille ou l’aidant que vous avez le bien-être du patient à cœur. Il faut leur faire comprendre que vous allez accomplir tout le travail requis dans le peu de temps qui vous est accordé afin que le patient ne souffre pas. »

D’un point de vue professionnel, le Dr Karanofsky dit aimer son travail parce que « chaque jour est différent. On ne peut pas adopter une approche généralisée avec ces  patients, qui vont des cas de routine aux malades les plus vulnérables. Il faut être prêt à répondre aux besoins de chacun ».

Sur une note plus personnelle, le Dr Karanofsky trouve gratifiant le fait de pouvoir améliorer la qualité de vie de patients particulièrement fragiles, qui n’ont pas d’autre choix que de se faire traiter en salle d’opération. « Je ne reçois pas trop de commentaires d’eux, parce qu’ils sont généralement peu communicatifs, ou ils ne comprennent pas la situation ».

« Toutefois, les aidants et les familles me font part de leur reconnaissance. Certains ont cherché de l’aide pendant des mois, voire des années, et lorsque mon intervention est terminée, leurs remerciements si chaleureux me touchent énormément. C’est très satisfaisant de savoir que j’ai pu changer la donne pour ces patients. »

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