Février 2026Pleins feux

Cancer pendant la grossesse : peur et anxiété, mais souvent un heureux dénouement

Malgré plusieurs difficultés, l’espoir persiste parmi les futures mères atteintes d’un cancer

Chaque année, Trisha Phillips envisage avec plaisir le jour de la Saint-Valentin et le bonheur de célébrer cette fête de l’amour. En 2025, cette émotion était particulièrement vive : elle attendait un bébé.

Cependant, Madame Phillips, qui a demandé que son vrai nom ne soit pas divulgué, éprouvait une douleur qui l’inquiétait de plus en plus.

L’inconfort s’intensifiant, elle a accepté d’être admise à l’HGJ, profondément inquiète par le pressentiment que le diagnostic serait sombre.

Et elle avait raison. Elle a appris que ses craintes étaient justifiées à la fin de l’hiver 2025, en recevant un diagnostic de cancer.

Avec deux vies en jeu, Madame Phillips s’est tournée vers les médecins spécialistes de l’HGJ pour obtenir des réponses aux questions qui la hantaient : faut-il interrompre une grossesse lorsque la mère a un cancer? (La réponse est non.) Est-ce que le traitement du cancer de la mère peut nuire au fœtus? (C’est possible, selon les circonstances.) Est-ce que le cancer de la mère peut être transmis au bébé? (Non.)

Un an plus tard, en 2026 : un autre jour de la Saint-Valentin sera souligné prochainement, et cette célébration de l’amour comprend désormais le petit Daniel, que sa mère décrit adorablement comme « un bébé souriant et en bonne santé, un rayon de soleil plein d’amour ».

Quant à Madame Phillips, son état de santé est stable et il est surveillé régulièrement à l’HGJ.

« Je suis tellement soulagée que tout se soit bien passé », dit-elle en repensant à l’été 2025, lorsqu’elle a accouché par césarienne. « C’était extrêmement stressant, mais je me suis efforcée de rester concentré sur ce qui était prévu, en suivant mon parcours avec confiance, et en me disant que ce devait arriver arriverait. » 

Une hausse inhabituelle des cas en 2025

Selon le Dr Michael Palumbo, oncologue à l’HGJ, si 2025 avait été une année typique, Madame Phillips aurait pu être la seule femme enceinte à recevoir des traitements contre le cancer à l’Hôpital. En effet, seuls un ou deux cas de ce genre, voire aucun, sont traités chaque année au Centre du cancer Segal.

Cependant, l’année dernière a été une exception, selon Vasthie Pierre-Louis, infirmière-cheffe à l’unité postnatale, où cinq nouvelles mères atteintes d’un cancer ont reçu des soins postnataux.

Ces chiffres ne signifient pas nécessairement que l’incidence de femmes enceintes atteintes d’un cancer est en hausse, met en garde le Dr Haim Abenhaim, un obstétricien-gynécologue à l’HGJ.

Il explique que comme l’Hôpital est un centre de référence à la fois pour les grossesses présentant un risque élevé et pour les cancers, une augmentation occasionnelle du nombre de cas ne constitue pas, en soi, la preuve d’une nouvelle tendance. 

Certains médecins et infirmier(ère)s doivent se familiariser davantage avec les traitements, les pronostics et les options possibles pour les femmes enceintes atteintes d’un cancer.

Néanmoins, selon le Dr Palumbo, la hausse de l’année dernière est remarquable puisqu’elle met en lumière que certains médecins et infirmier(ère)s doivent se familiariser davantage avec les traitements, les pronostics et les options possibles pour les femmes enceintes atteintes d’un cancer.

Il dit que plusieurs professionnel(le)s, et la plupart des membres du public ignorent qu’une femme qui reçoit des traitements de chimiothérapie pour soigner un cancer du sein peut mener sa grossesse à terme et accoucher d’un bébé en bonne santé, sans complication.

Ce manque de connaissances des cliniciens est compréhensible, ajoute le Dr Palumbo, « parce que même pour les oncologues cette situation est relativement rare. Par conséquent, il est facile d’imaginer qu’un médecin généraliste ou urgentiste, qui reçoit une femme enceinte atteinte d’un cancer peut se demander “que va-t-il se passer?” »

Le Dr Abenhaim, souligne en outre qu’il est absolument essentiel que ces patientes soient soignées par une équipe multidisciplinaire de l’HGJ très spécialisée, composée d’oncologues et d’obstétricien(ne)s, ainsi que d’infirmier(ère)s chevronné(e)s dans le travail, l’accouchement et les soins postnataux.

« Nous ne travaillons pas en silos », explique-t-il. « Nous sommes en contact régulièrement les uns avec les autres tout au long de la grossesse pour coordonner la prestation de soins optimaux. »

Soigner la mère et l’enfant à naître comme une unité

Le Dr Palumbo et le Dr Abenhaim s’entendent pour dire que parmi les femmes enceintes, le cancer du sein est celui qui est diagnostiqué le plus souvent, suivi (sans ordre particulier) par le cancer gastro-intestinal, les lymphomes, et les cancers de la tête et du cou.

« Vous devez évaluer et soigner la mère et son enfant à naître comme une seule unité », ajoute le Dr Abenhaim. « Vous devez aider la mère le mieux possible tout en assurant les meilleurs résultats pour le bébé. »

Cela signifie éviter les traitements connus comme étant toxiques pour le bébé, comme la radiothérapie et les traitements hormonaux, précise le Dr Palumbo. Et, lorsque l’imagerie médicale est nécessaire, nous préférons avoir recours à l’IRM plutôt qu’à la tomodensitométrie (scan).

« En général, il est préférable que la grossesse soit menée à terme, surtout si le traitement comprend de la chimiothérapie. »

« Nous devons non seulement réfléchir soigneusement au traitement à prodiguer pour lutter contre le cancer », ajoute le Dr Abenhaim, « mais aussi redoubler de vigilance pour éviter que la mère ne développe une thromboembolie. Nous devons également nous assurer que le bébé n’a pas de retard de croissance et surveiller diligemment son bien-être et celui de la mère. »

De plus, en raison de l’état d’immunodépression de la mère, nous nous efforçons de réduire au minimum le nombre de ses visites à l’Hôpital, afin de limiter ses risques de contracter une infection.

Le Dr Abenhaim précise que dans les cas où la mère doit recevoir un type de traitement nocif pour le bébé (comme la radiothérapie), l’accouchement a souvent lieu le plus près possible du terme, et le traitement anticancéreux est donné à la mère très peu de temps après.

« En général, il est préférable que la grossesse soit menée à terme, surtout si le traitement comprend de la chimiothérapie, puisqu’il a été prouvé que ce traitement n’a pas d’incidence à long terme sur le bébé. »

« Même si le fœtus a été exposé à deux cycles de chimiothérapie, le bébé se porte mieux en naissance à 38 semaines avec la chimiothérapie qu’en naissant à 30 semaines sans. »

Garder le moral pendant les moments difficiles

Ces résultats offrent assurément un certain réconfort aux femmes enceintes atteintes d’un cancer du sein ou de certains autres types de cancers. Cependant, les détails peuvent varier d’une femme à l’autre.

Madame Phillips a subi une intervention chirurgicale pendant l’hiver 2025, mais sa tumeur n’a pas pu être complètement éliminée. Non seulement une seconde intervention était-elle déconseillée, mais il était impossible de traiter ce qui restait de la tumeur par le biais de radiothérapie en raison de la grossesse.

Par conséquent, Madame Phillips a opté pour la chimiothérapie, tout en comprenant que ce traitement pouvait ne pas donner pas les résultats espérés. Les traitements ont duré plusieurs mois, une période dont elle se souvient aujourd’hui comme « un grand saut dans l’inconnu ».

Malgré la peur et la tristesse qu’elle a éprouvées parfois pendant sa grossesse, Madame Phillips était également déterminée à profiter pleinement des mêmes moments de bonheur que toutes les autres futures mères.  

« Je gardais une petite lueur d’espoir et j’essayais de ne pas laisser les circonstances me priver de la joie de marquer les étapes que les femmes célèbrent pendant leur grossesse ».

Au début de son hospitalisation, Madame Phillips a réuni ses proches dans sa chambre au Département de médecine d’urgence pour célébrer le dévoilement du sexe du bébé. Quelques semaines plus tard, avant de commencer ses traitements de chimiothérapie, elle a demandé au photographe qui avait pris les photos de son mariage de venir à l’Hôpital pour une séance de photos de maternité.

Ces événements étaient suivis de séances d’art-thérapie et de musicothérapie avec les membres du personnel de l’HGJ.

Madame Phillips regrette seulement de ne pas avoir pu organiser une réception-cadeau pour le bébé. « Même ainsi », dit-elle, « je gardais une petite lueur d’espoir et j’essayais de ne pas laisser les circonstances me priver de la joie de marquer les étapes que les femmes célèbrent pendant leur grossesse ».

Elle s’est aussi rapproché de sa foi catholique ce qui a été une source de réconfort, particulièrement grâce aux visites fréquentes du père Aimé Mwepsi Kanyabuzige, un conseiller spirituel à l’HGJ.

Pendant son séjour à l’Hôpital, elle a téléphoné au Bureau d’information et de bénédiction de l’oratoire Saint-Joseph pour parler de sa situation.

« Je ne peux pas imaginer comment j’aurais survécu sans ma foi », de dire Madame Phillips. « En me concentrant sur ma confiance en Dieu, je me sentais proactive devant ce qui m’arrivait. »

Deux spécialistes sont consultés en parallèle

Tout cela ne veut pas dire que le bébé peut toujours être sauvé. Par exemple, selon le Dr Abenhaim, si une leucémie aiguë est découverte chez une future mère au cours du premier trimestre, sa vie dépend d’un traitement de chimiothérapie incompatible avec la santé du bébé.

« Néanmoins », explique le Dr Palumbo, « il est souvent possible de faire quelque chose pour la mère et l’enfant. C’est pourquoi elle doit comprendre les options de traitement. Tout peut encore arriver. »

C’est la raison pour laquelle, dit-il, les médecins et les infirmier(ère)s doivent continuellement fournir à la mère de l’information actualisée sur son état de santé. Madame Phillips, par exemple, avait parfois besoin d’un conseil rapidement lorsqu’elle éprouvait une douleur soudaine, parce qu’elle ne savait pas s’il s’agissait d’un aspect normal de sa grossesse ou lié au reste de sa tumeur ou encore d’un effet secondaire de son opération. 

« Ces femmes sont très fortes émotionnellement et nous tenons à nous assurer qu’elles reçoivent l’information nécessaire de la part des expert(e)s concerné(e)s ».  

Le Dr Palumbo est conscient que consulter parallèlement un(e) oncologue et un(e) obstétricien(ne) peut être exigeant pour les mères, « mais c’est aussi plus rassurant pour elles. Ces femmes sont très fortes émotionnellement et nous tenons à nous assurer qu’elles reçoivent l’information nécessaire de la part des expert(e)s concerné(e)s ». 

Le réconfort et le soutien proviennent également des infirmier(ère)s de l’Unité postnatale, qui sont formé(e)s pour comprendre les besoins uniques de ces nouvelles mères et le calendrier de leurs traitements, souligne Madame Pierre-Louis.

Cette formation peut porter sur plusieurs aspects, des besoins cliniques des mères à l’accueil des infirmier(ère)s et à la manière dont ces dernières parlent avec les mères de leur état de santé lorsqu’elles entrent dans leur chambre.

Madame Pierre-Louis dit que certaines patientes peuvent simplement ne pas vouloir parler d’elles-mêmes ou de leur diagnostic, tandis que d’autres sont reconnaissantes de pouvoir se confier à un(e) infirmier(ère).

« Vous devez vous mettre à la place de la patiente et improviser », explique Madame Pierre-Louis. « Il s’agit avant tout de traiter la patiente avec le respect dont elle a besoin et qu’elle mérite. L’infirmier(ère) peut tenter d’ouvrir doucement la porte à la conversation, mais c’est à la mère de décider si elle souhaite franchir le seuil de cette porte. »

Toutes les nouvelles mères atteintes d’un cancer qui ont fréquenté l’Unité postnatale ont surtout impressionné Madame Pierre-Louis par « leur courage et leur volonté. Même si elles étaient tristes ou effrayées ou ne savaient pas quoi faire, elles ont fait confiance à leur équipe soignante et pris la meilleure décision possible. »

Ce sont des sentiments d’espoir et de joie profonds que Madame Phillips éprouve dorénavant lorsqu’elle est avec Daniel. « Je me sens bénie de l’avoir. Il me fait rire toute la journée. »

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