Octobre 2021Pleins feux

Concevoir de nouvelles technologies par le biais d’OROT, l’incubateur d’innovations à l’HGJ

Les liens entre les innovateurs privés et les spécialistes des soins de santé permettent de créer de nouveaux produits pour la prestation de meilleurs soins

Il y a quelque temps, une infirmière en soins gériatriques de l’un des centres de soins de longue durée du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a eu une idée géniale : pourquoi ne pas munir les sous-vêtements des résidents âgés des centres de soins de longue durée d’un dispositif numérique discret qui aviserait le personnel dès que toute excrétion corporelle serait décelée. 

Danina Kapetanovic, chef d’Innovation et dirigeante d’OROT au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. (Cliquez sur n’importe laquelle des photos pour l’agrandir.)

Danina Kapetanovic, chef d’Innovation et dirigeante d’OROT au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. (Cliquez sur n’importe laquelle des photos pour l’agrandir.)

Les vêtements souillés pourraient être changés rapidement, ce qui réduirait au minimum l’inconfort des résidents tout comme le risque d’irritation de la peau ou d’infection.

Et, comme les sous-vêtements seraient changés seulement si le capteur émettait un signal, le personnel ne serait plus tenu d’effectuer des vérifications de routine fastidieuses auprès de tous les résidents, y compris de ceux dont les vêtements ne sont pas souillés.

Par conséquent, les infirmières auraient plus de temps pour effectuer leurs autres tâches, un avantage majeur en raison de leur charge de travail.

L’idée de cette infirmière était donc très prometteuse, mais est-ce qu’elle pourrait se concrétiser?

Plus précisément, est-ce qu’une personne pourrait se charger de faire les recherches nécessaires pour trouver une entreprise en mesure de développer un tel produit? Ou encore, aider à déterminer comment financer le perfectionnement de cette idée? Ou de réunir les concepteurs du secteur privé autour d’une table avec les professionnels de la santé du secteur public?

Jusqu’à très récemment, les réponses étaient toutes des plus simples : non, non et non. Aujourd’hui, la réponse à ces questions est OROT.

Créé par l’Hôpital général juif (une installation membre du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal), OROT est connu pour être un ‘incubateur de santé connectée’. Ce terme est trop technique? Alors, pensez simplement à OROT comme étant une sorte d’intermédiaire dont le rôle est d’organier un mariage harmonieux et fructueux entre les bonnes idées et les concepteurs créatifs.

OROT : que représente ce nom?

Malgré les apparences, ‘OROT’ n’est pas un acronyme ou une abréviation.

En effet, le nom de l’incubateur de santé connectée du CIUSSS s’écrit entièrement en lettres majuscules pour souligner son dynamisme.

Le mot lui-même est une translittération du mot hébreu ‘illumination’ ou ‘lumières’.

En forgeant des liens et en agissant comme catalyseur de l’innovation, OROT appuie la vision de l’HGJ et du CIUSSS d’embrasser et d’adopter des produits et des outils novateurs qui tirent le meilleur parti de la technologie numérique.

Dans un sens plus large, OROT s’inscrit également dans la stratégie globale de Soins partout, en d’autres mots de se concentrer sur les besoins changeants des patients et des clients. Ensuite, grâce à la technologie numérique, leur prodiguer des soins ou du soutien où qu’ils se trouvent (par exemple, à l’Hôpital, dans un centre de réadaptation, à domicile).

De gauche à droite : le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Danina Kapetanovic et le Dr Justin Cross, chef de la Santé numérique au CIUSSS.

De gauche à droite : le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Danina Kapetanovic et le Dr Justin Cross, chef de la Santé numérique au CIUSSS.

Selon Danina Kapetanovic, chef d’Innovation et dirigeante d’OROT au CIUSSS, des progrès considérables ont été réalisés depuis le lancement de cet ‘incubateur’, au cours de l’été 2020. Cependant, elle note qu’aucun produit n’a encore été mis en marché puisque le processus est graduel et laborieux.

Plusieurs étapes sont requises, y compris des consultations avec les cliniciens et d’autres employés qui utiliseront éventuellement le nouveau produit. D’autres tests doivent être effectués pour confirmer que le produit fonctionne comme prévu, et des recherches doivent avoir lieu pour s’assurer que le produit est conforme aux règlements relatifs à la sécurité des patients.

Madame Kapetanovic ajoute qu’un prototype du capteur d’incontinence a déjà été développé par une jeune entreprise de technologie en Allemagne. En collaboration avec OROT, cette entreprise lance une série d’ateliers et d’entrevues cet automne pour recueillir du feedback qui permettra de perfectionner la conception et le fonctionnement du capteur.  

Par la suite, au début de 2022, des recherches auront lieu pour confirmer que le capteur peut faire ce qu’il doit faire.

D’autres projets sont également en cours, explique Madame Kapetanovic. Parmi les plus prometteurs, citons la modification d’un dispositif numérique de surveillance des signes vitaux des patients utilisé actuellement. L’objectif est de transformer ce dispositif en outil de travail, c’est-à-dire de lui donner la capacité accrue de documenter immédiatement les données cliniques qu’il recueille. Cette possibilité permettrait aux infirmières de consacrer moins de temps à la paperasse et davantage à combler les besoins des patients.  

En outre, un projet a été proposé pour améliorer la communication entre les membres du personnel du CIUSSS et les familles des résidents des centres d’hébergement et de soins de longue durée.

Une table ronde (appelée séance de réflexion sur la conception) aura lieu prochainement avec un certain nombre de participants, y compris une infirmière, un PAB, un représentant des familles et un administrateur clinique.

Un appui de la Fondation de l’HGJ

OROT change la face des innovations au sein du secteur des soins de santé et des services sociaux avec l’appui de la Fondation de l’HGJ.

Les dons à la Fondation seront acceptés avec gratitude en ligne.

Ensemble, ils aideront à déterminer si la technologie actuelle peut être adaptée à cette fin, ou si un nouvel outil doit être développé.

« Bien que personne ne puisse prédire l’avenir, je crois que nous pouvons créer l’avenir que nous souhaitons », affirme le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« L’une des principales manières d’y arrive, est de tendre la main et de créer des partenariats avec le secteur privé. Ces collaborations nous permettent de continuer à aller de l’avant avec notre stratégie numérique tout en réalisant notre vision de Soins partout ».  

« Bien que personne ne puisse prédire l’avenir, je crois que nous pouvons créer l’avenir que nous souhaitons ».

Le Dr Rosenberg dit qu’il est « ravi de ce que Madame Kapetanovic a accompli avec OROT » en relativement peu de temps; ces efforts ont même suscité l’intérêt du ministère de la Santé et du ministère du Développement économique du Québec.

« Les incubateurs d’innovations sont de plus en plus populaires », note-t-il, « mais ils ne sont pas tous égaux, et ne sont pas tous établis pour la même raison. Au Québec, le nôtre est une initiative relativement novatrice, particulièrement dans la manière dont nous l’avons créé ».

Le Dr Rosenberg a également constaté qu’OROT dynamise les membres du personnel, « puisque cette initiative vise à mettre en œuvre les bonnes idées. Cette démarche donne la possibilité à chaque personne d’être aussi créatif que possible, plutôt que de fonctionner comme un simple rouage du système. »

L’un des éléments clés de la stratégie d’OROT, explique Madame Kapetanovic, est de prévenir les erreurs qui avaient fait trébucher certaines sociétés privées auparavant, dont la plus grande erreur a été de se fier principalement à leur instinct, ainsi qu’à quelques résultats de recherches et de tests de marché.

Cette manière d’agir les a désavantagées, dit-elle, puisqu’elle ne leur permettait pas de bien comprendre le fonctionnement des soins de santé (ni du système de santé public). Par conséquent, malheureusement les produits ne répondaient pas pleinement aux besoins pratiques des patients, des clients ou des membres du personnel.

« De plus, lorsqu’une entreprise privée lance un produit qui ne concerne pas les soins de santé, elle peut continuer à l’améliorer, même si ce produit est utilisé », explique Madame Kapetanovic. « Mais, ce n’est pas possible dans le secteur des soins de santé, puisqu’il s’agit d’un environnement complexe au sein duquel la sécurité est essentielle. Le produit doit être sûr et efficace dès son lancement. »

Vous avez une bonne idée?

Si vous avez une idée concernant un produit, un outil ou toute autre forme de technologie (numérique ou autre) qui, selon vous, pourrait améliorer la prestation des soins de santé ou des services sociaux, à l’HGJ ou ailleurs au sein du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, OROT aimerait recevoir votre suggestion.

Nous encourageons les employés qui souhaitent faire une suggestion à remplir et à soumettre un formulaire téléchargeable.

Les entrepreneurs externes qui souhaitent collaborer avec OROT sont invités à remplir et à soumettre leur propre formulaire téléchargeable.

OROT surmonte ces limites en donnant aux concepteurs l’accès aux données, aux avis et aux suggestions cruciales des usagers et des professionnels des soins de santé, afin de s’assurer que le produit satisfait aux exigences de toutes les personnes concernées dès sa mise en marché.

Ce processus est également bénéfique pour les membres du personnel qui pourraient devoir modifier leurs habitudes de travail en raison de l’introduction du nouveau produit. « Si un nouveau produit doit être utilisé par une personne qui fait son travail d’une certaine manière depuis longtemps, son réflexe est souvent de le rejeter et de refuser de changer », ajoute Madame Kapetanovic.

« Mais, en faisant participer le personnel à la cocréation tôt dans le processus, le changement est intégré au fur et à mesure de l’avancement du projet. Et, au moment où le produit fini est lancé, les employés éprouvent déjà un sentiment d’appartenance, et ils sont impatients de l’utiliser parce qu’ils ont participé à sa création. »

Madame Kapetanovic considère qu’elle joue un rôle de ‘facilitatrice’, soit une personne qui réunit toutes les parties intéressées autour de la même table, qui les lance dans un cheminement de créativité et de développement et qui les maintient dans la bonne voie.

« Chez OROT, nous formons un cercle de soutien, une sorte de bouclier protecteur, autour des innovateurs afin de les faire avancer dans une direction qui optimise leurs chances de réussir aussi rapidement que possible. Après tout, en bout du compte, leur réussite est également la nôtre. »

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