NouvellesSeptembre 2026

Des perspectives prometteuses pour un nouveau traitement du cancer du pancréas mis au point au Centre hospitalier général juif

Des essais cliniques utilisent l’échographie endoscopique pour administrer un traitement contre les tumeurs

Un traitement novateur contre le cancer du pancréas, qui a été effectué pour la première fois au Centre hospitalier universitaire général juif et fait actuellement l’objet d’essais cliniques, attire l’attention d’un nombre croissant de spécialistes médicaux(ales) et de chercheur(e)s à l’échelle internationale, en raison des résultats préliminaires très prometteurs.

Selon le Dr Corey Miller, directeur de l’endoscopie thérapeutique au sein de la Division de gastroentérologie au Centre hospitalier universitaire général juif (HGJ), l’imagerie médicale a révélé que dans le cadre de son étude, les tumeurs pancréatiques avaient complètement disparu chez trois des 32 patients ayant reçu le traitement expérimental.

Le Dr Miller, qui est professeur adjoint de Médecine à l’Université McGill et chercheur associé à l’Institut Lady Davis de recherche médicale (ILD) de l’HGJ, a également constaté que chez la plupart des autres patient(e)s, la tumeur avait rétréci ou que la maladie s’était stabilisée.

Dans cette première étude de ce type effectuée chez un humain, tou(te)s les patient(e)s de l’étude présentaient un cancer jugé incurable, et aucun(e) n’était admissible à une intervention chirurgicale.

Anna Foo et Ofer Magen, d’Alpha Tau Medical, préparent de longues aiguilles destinées à l’insertion endoscopique des « sources » en métal utilisées pour administrer un traitement contre le cancer du pancréas.

Anna Foo et Ofer Magen, d’Alpha Tau Medical, préparent de longues aiguilles destinées à l’insertion endoscopique des « sources » en métal utilisées pour administrer un traitement contre le cancer du pancréas.

Ces résultats sont remarquables, parce que le cancer du pancréas est une maladie particulièrement agressive qui présente un taux de mortalité des plus élevés parmi tous les cancers.

Ces conclusions proviennent d’une étude menée entre 2023 et 2025, dans le cadre de laquelle le Dr Miller a été le chercheur principal. Les résultats ont été présentés au printemps dernier à Chicago, lors du congrès annuel de l’American Society of Clinical Oncology.

Un article consacré aux résultats du Dr Miller devrait être publié au cours de l’année dans une revue à comité de lecture par des pairs.

Pour effectuer cette intervention, le Dr Miller est guidé par une échographie endoscopique (GÉE). Cette forme avancée d’endoscopie combine une minuscule caméra flexible et l’imagerie par ultrasons pour produire à l’écran une vue des tumeurs et des structures environnantes à l’intérieur du tube digestif.  

Un endoscope (un tube étroit et flexible) est introduit dans la bouche du(de la) patient(e), qui est sous sédation, puis est guidé jusqu’à l’estomac, où il est positionné devant le pancréas. Le médecin s’appuie sur une échographie endoscopique pour guider l’aiguille située à l’extrémité de l’endoscope qui perce la paroi de l’estomac et progresse jusqu’à atteindre la tumeur pancréatique.

De l’estomac au pancréas

Ensuite, le Dr Miller implante avec précision plusieurs petits fragments, contenant chacun du radium 224, dans la tumeur. Ces éléments minuscules sont appelés « sources » ou, plus techniquement, « Alpha DaRT » (Diffusing Alpha-emitters Radiation Therapy), ou radiothérapie par diffuseurs d’alpha).

Chaque source libère des atomes émetteurs de particules alpha à courte durée de vie qui parcourent seulement quelques millimètres à l’intérieur de la tumeur, où ils libèrent un rayonnement (radiation) très ciblé, tout en réduisant au minimum l’exposition des tissus sains environnants.

Ce processus est répété jusqu’à ce que les tumeurs pancréatiques soient traitées à l’aide de multiples sources, mesurant chacune entre un et deux centimètres de long (environ ½ à ¾ de pouce) et d’un diamètre aussi fin que la mine d’un crayon.

Les tumeurs sont irradiées en continu de l’intérieur et, environ 11 jours plus tard, la plus grande partie du radium 224 s’est désintégrée. Les sources restent dans le pancréas, inertes et sans danger.

« Nous tirons parti de la puissance du rayonnement alpha, qui est fondamentalement différent de la radiothérapie classique »

Les sources Alpha DaRT et les accessoires spécialisés pour leur mise en place ont été développés par Alpha Tau Medical, une entreprise établie à Jérusalem. Le Dr Miller a également collaboré à la conception d’accessoires procéduraux visant à faciliter le positionnement sécuritaire et précis des sources pendant le traitement endoscopique.

Il souligne qu’Alpha Tau Medical a ouvert la voie à cette nouvelle approche de traitement du cancer du pancréas grâce au développement de la technologie Alpha DaRT. « Nous tirons parti de la puissance du rayonnement alpha, qui est fondamentalement différent de la radiothérapie classique », explique-t-il.

Il ajoute que contrairement à la radiothérapie externe, l’échographie endoscopique présente le grand avantage de permettre aux médecins d’atteindre les tumeurs pancréatiques depuis l’intérieur de l’estomac.

« Les particules alpha sont exceptionnellement efficaces pour détruire les cellules des tumeurs », précise-t-il. « Comme la portée de ces particules est limitée, elles sont beaucoup plus ciblées, ce qui permet de réduire l’exposition des tissus sains environnants aux rayonnements. »

Du « monde de la radiothérapie » au « monde de l’endoscopie »

Il est également important de préciser que le Dr Miller et son équipe ont commencé à pratiquer cette intervention dans les locaux de la Division de gastroentérologie. De cette manière, ils ont pu lancer un deuxième protocole de recherche multicentrique, plutôt que de confier le traitement à la Division de radio-oncologie.

« Nous assistons au passage du “monde de la radiothérapie” au “monde de l’endoscopie” », dit-il en riant. « Il s’agit d’un vrai changement de paradigme, puisque jusqu’à maintenant, la radiothérapie n’était pas administrée par endoscopie. »

Dans le cadre de l’étude, par mesure de précaution les premier(ère)s patient(e)s ont été traité(e)s dans la salle de curiethérapie de la Division de radio-oncologie de l’HGJ, sous la supervision du Dr Miller et de l’Équipe de recherche. Cependant, lorsque la réussite de la procédure a été confirmée, les patients subséquents ont été traités dans la Division de gastroentérologie.

Il ajoute qu’il se sent « privilégié de pouvoir être d’un apport particulier au cheminement des patient(e)s que me consultent pour un cancer du pancréas et, j’espère, pour d’autres cancers gastro-intestinaux. C’est très gratifiant de repousser les limites dans l’espoir d’obtenir des résultats positifs. »

Le Dr Miller ne tarit pas d’éloges à l’égard des nombreux professionnel(le)s qui travaillent avec lui. Parmi ces derniers, citons des radio-oncologues, des technologues, des infirmier(ère)s en endoscopie, des physicien(ne)s, des oncologues médicaux(ales), des personnes chargées de la radioprotection, des anesthésistes, des chercheur(e)s du CHUM et de l’Université Concordia, ainsi que des spécialistes de produits d’Alpha Tau Medical.

« C’est formidable d’être entouré d’un groupe de professionnel(le)s aussi exceptionnel(le)s. Ces personnes remarquables sont aussi passionnées que moi par l’aide fournie aux patient(e)s. Je ne pourrais pas faire ce travail sans elles. »                                                                                     

Le Dr Miller explique que d’autres recherches doivent encore être menées pour évaluer l’efficacité et la sécurité de ce nouveau traitement auprès d’un éventail plus large de patient(e)s dont les cancers sont à différents stades et présentent différents degrés de gravité.

De même, les professionnels de la santé doivent étudier d’autres aspects de cette nouvelle procédure afin de comprendre ce qui se produit lorsque, par exemple, les patient(e)s reçoivent une combinaison d’Alpha DaRT et d’autres traitements contre le cancer.

Une attention internationale croissante

À ce jour, l’Alpha DaRT a été utilisé dans différents pays pour traiter d’autres types de tumeurs, notamment des tumeurs cutanées ainsi que des tumeurs de la tête et du cou. Selon le Dr Miller, des résultats préliminaires prometteurs ont récemment été obtenus dans le traitement des tumeurs cérébrales.

Cette procédure pancréatique est si prometteuse que d’autres recherches sont en cours non seulement à l’HGJ, mais aussi au sein de réseaux de centres médicaux en France, aux États-Unis et en Israël.

Au-delà des essais cliniques, le Dr Miller dirige un programme de recherche multidisciplinaire soutenu par le consortium MEDTEQ+, qui réunit des chercheurs de l’HGJ, de l’ILD, de l’Université Concordia et d’Alpha Tau Medical.

« J’envisage avec plaisir de continuer à étudier et à améliorer la procédure et la technologie »

Ce programme vise à développer la prochaine génération de traitements par Alpha DaRT guidés par échographie endoscopique, y compris de nouvelles technologies d’imagerie et d’administration visant à accroître la précision, l’efficacité et l’accessibilité de cette procédure.

Lorsque cette procédure a été effectuée pour la première fois l’hiver dernier dans certains centres aux États-Unis et au printemps à Grenoble, en France, le Dr Miller était sur place pour offrir ses conseils et son soutien.

« J’envisage avec plaisir de poursuivre mes recherches et de collaborer avec mes collègues, ici et à l’échelle internationale, afin de continuer à étudier et à améliorer la procédure et la technologie », déclare le Dr Miller. « Je souhaite perfectionner l’administration de l’Alpha DaRT par échographie endoscopique et aider à en optimiser le rendement.

« Je suis également profondément reconnaissant du soutien fourni par le consortium MEDTEQ+ et Alpha Tau Medical. Ils ont donné à notre équipe pluridisciplinaire la possibilité de développer la prochaine génération de technologies qui, nous l’espérons, rendront ce traitement encore plus efficace pour les futurs patients(e)s. »

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