Mars 2020Pleins feux

Déterminée à aider son prochain, Naomi Weiss fait encore du bénévolat à l’âge de 96 ans

En 1986, un an après le décès de son mari à peine un mois après le début de sa retraite, Naomi s’est retrouvée à un moment décisif de sa vie.

« Je ne me voyais tout simplement pas faire ce que faisaient mes amies – c’est-à-dire, aller déjeuner dans des cafés et… c’est tout! Non, dit Mme Weiss, ma vie ne pouvait pas se résumer à cela. »

Pour elle, sa vie devait comprendre un travail d’aide à autrui, vocation qui l’habite depuis l’adolescence, lorsqu’elle a entrepris ses premières activités de bénévolat.

Aujourd’hui, plus de 33 ans après s’être jointe aux Services de bénévolat de l’HGJ, Mme Weiss est non seulement la plus ancienne bénévole de l’Hôpital, mais à 96 ans, la plus vieille.

« J’aime les gens et j’aime les aider », dit-elle, à la fin d’une séance de soutien psychosocial de deux heures destinée aux patients psychiatriques âgés, anciennement suivis à l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale.

Cette séance hebdomadaire est dirigée par Allana Goodman, ergothérapeute, mais il revient à Mme Weiss de la «faciliter», en arrivant tôt pour ouvrir la porte, parler avec les participants et les mettre à l’aise, préparer et distribuer le thé et le café et s’occuper du matériel d’art plastique.

Joanne Laing, chef des services de Bénévolat de l’HGJ, décrit les décennies de service de Mme Weiss comme « une contribution remarquable à la vie des autres.  »

Mme Weiss participe aussi à la séance, notamment en mettant à profit sa maîtrise du tricot. Elle s’occupe par exemple de confectionner des écharpes, des bonnets et d’autres articles à l’aide des pièces tricotées par les membres du groupe. Elle prend le temps d’ajouter quelques touches de finition avant d’envoyer les produits finis à l’Unité des soins intensifs néonatals qui les réserve pour les nourrissons.

Certes, Mme Weiss ressent parfois de la fatigue à la fin de l’après-midi. Elle se déplace avec l’aide d’un déambulateur et utilise le transport adapté pour se déplacer entre l’hôpital et la maison qu’elle partage avec sa fille, Rachel.

Malgré tout, dit-elle, le bonheur immense qu’elle retire de son travail de bénévolat lui a donné la détermination, il y a six ans, de se relever d’un AVC et d’une crise cardiaque presque simultanée (il s’agissait de sa seconde crise cardiaque).

« En plus de tout ce qu’elle fait, explique Mme Goodman, Naomi partage son précieux vécu avec le groupe, ce qui est d’un grand apport pour eux. »

« Nos patients disent souvent se sentir vieux, mais le fait de voir une personne de 96 ans si active, si capable et si motivée d’aider les autres nous aide à comprendre que l’âge n’est qu’un chiffre et qu’on peut accomplir presque n’importe quoi à condition de le vouloir. Naomi est le plus bel exemple que je connaisse à ce chapitre. »

Naomi Weiss (à droite) sur la plage de Tel-Aviv dans les années 1920, et son frère Zvi (à gauche) avec leurs parents, Jacob et Rachel Tobiasz.

Naomi Weiss (à droite) sur la plage de Tel-Aviv dans les années 1920, et son frère Zvi (à gauche) avec leurs parents, Jacob et Rachel Tobiasz.

Née en Pologne en 1923, Naomi s’est installée en Palestine à l’âge de six mois avec ses parents. Elle a assisté à la création de l’État d’Israël, s’y est mariée et y a eu ses deux enfants avant de venir s’établir à Montréal, en 1959.

Elle a eu la piqûre du bénévolat alors qu’elle était encore adolescente à Tel-Aviv. À la fin de sa journée d’école, elle avait l’habitude de se rendre à l’hôpital de son quartier. « J’aidais les personnes âgées à se coiffer ou à manger, explique Mme Weiss. S’il y avait des enfants, je les aidais et je jouais avec eux. »

« Je ne rentrais jamais chez moi directement après l’école – mes proches savaient que je me rendais à l’hôpital. Parfaitement à l’aise dans ce milieu, elle est plus tard devenue bénévole pour Magen David Adom, un service d’urgence médical en Israël semblable à la Croix‑Rouge.

Une fois au Canada, Mme Weiss a fortement encouragé ses enfants à exceller dans leurs études, discipline qui lui a valu le surnom de «commandante en chef de l’armée israélienne» que lui ont affectueusement attribué Rachel et son plus jeune frère, Samuel.

« Elle veillait à ce qu’on ne passe pas trop de temps devant la télé, explique Rachel, et elle s’asseyait avec nous, tous les jours, pendant que nous faisions nos devoirs de français, de math et de géographie. Si nous avons réussi, c’est grâce à elle. »

Titulaire d’un doctorat, Rachel poursuit des travaux de recherches épidémiologiques tandis que Samuel est professeur au Hotchkiss Brain Institute de l’Université de Calgary.

Naomi Weiss, jeune femme en Israël.

Naomi Weiss, jeune femme en Israël.

Mais l’apport de Mme Weiss à sa famille ne s’arrête pas là. Douée pour les chiffres, elle devint aide-comptable pour son père, Jacob David Tobiasz, qui s’était établi à Montréal avant la famille Weiss et travaillait comme ingénieur textile. Elle fit pareille pour le commerce de réparation d’appareils ménagers tenu par son mari, Israël Weiss.

Au décès de son conjoint, lorsque Mme Weiss se décida enfin à faire du bénévolat, elle misa naturellement sur son expérience au sein de Magen David Adom pour choisir le Service d’urgence de l’HGJ.

Toutefois, on lui demanda de travailler au Service de psychiatrie qui à l’époque avait plus besoin de bénévoles – c’est ainsi que débuta sa mission de plus de 33 ans à l’HGJ.

« On est comme une famille, dit Mme Weiss, en parlant du groupe de soutien psychosocial, et tout le monde aime venir ici. Les gens aiment parler et raconter des histoires – et c’est important peur eux. Ils sont si seuls et ils ont beaucoup de problèmes. »

Joanne Laing, chef des services de Bénévolat, des Loisirs thérapeutiques et des Services pastoraux de l’HGJ, décrit les décennies de service de Mme Weiss comme « une contribution remarquable à la vie des autres. Elle s’inscrit dans la culture de bénévolat extraordinaire de l’HGJ qui valorise et promeut l’apport de chacun. »

On constate le même sentiment de fierté dans les paroles de Rachel Weiss, qui reconnaît néanmoins que sa mère commence à se fatiguer. « Elle est encore très vive d’esprit, mais elle s’affaiblit physiquement ».

« C’est son sens de loyauté féroce envers son groupe de l’hôpital qui la pousse à dépasser ses limites physiques ».

Or, cette situation soulève la question délicate mais inévitable à savoir, pendant combien de temps Mme Weiss pourra-t-elle continuer à se dévouer ainsi?

« Naomi et moi avons eu une discussion l’an dernier, dit Mme Goodman, assise à côté de Mme Weiss. Et elle m’a demandé : ‘As-tu encore besoin de moi?’ Et je lui ai dit : ‘Naomi, je ne peux pas m’occuper de ce groupe sans toi’. »

Mme Goodman se tourne vers Mme Weiss et lui demande, le sourire aux lèvres : « Te souviens-tu de ce que tu m’as répondu lorsque je t’ai demandé quand tu voulais prendre ta retraite? »

« À 101 ans », dit Mme Weiss, sans hésiter.

« Exactement, 101 ans. Alors, nous poursuivrons cette discussion lorsque tu auras 101 ans. »

« On verra, répond Mme Weiss en riant, on verra! »

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