Mars 2022Pleins feux

Grâce à l’amélioration des soins hospitaliers des patients plus âgés, les étudiants de l’université McGill acquièrent une expérience révélatrice

Le Programme de vie des aînés hospitalisés aide les personnes âgées à rester actives et stimulées

Paraskevi Dogantzi n’est pas ce qui pourrait être appelé une patiente peu coopérative. Elle a accepté de quitter son lit en ce matin d’hiver froid et gris, de s’asseoir sur une chaise et de faire des exercices pour les bras et les mains avec Shibo Yu, dans le cadre du Programme de vie des aînés hospitalisés (PVAH) de l’HGJ.

Julia Lampasona (à gauche) et Shibo Yu consultent leur horaire avant de rendre visite aux patients du PVAH de l’HGJ. (Cliquez sur n’importe laquelle des photos pour l’agrandir.)

Julia Lampasona (à gauche) et Shibo Yu consultent leur horaire avant de rendre visite aux patients du PVAH de l’HGJ. (Cliquez sur n’importe laquelle des photos pour l’agrandir.)

Mais, quand Mademoiselle Yu, qui est âgée de 19 ans et étudie en physiothérapie à l’université McGill, suggère d’enchaîner avec une activité récréative, comme un casse-tête ou un dessin, Madame Dogantzi semble devenir indifférente.

Madame Dogantzi refuse toutes les suggestions fermes, mais amicales de Mademoiselle Yu. « Non », dit-elle avec indifférence, elle n’a pas envie de faire quoi que ce soit.

En jetant un coup d’œil rapide autour de la chambre pour trouver des indices sur la personnalité et des intérêts de la patiente, Mademoiselle Yu, entrevoit une pelote de laine rouge dans les plis froissés de la couverture du lit.

« Ah, je vois que vous tricotez! », dit Mademoiselle Yu, en prenant la laine, un tricot carré et les aiguilles.

Soudainement, Madame Dogantzi se redresse et écarquille les yeux. « Oh, mon tricot », dit-elle joyeusement. Elle pose la pelote de laine sur ses genoux, prend les aiguilles et commence à tricoter.

« Qu’est-ce que vous tricotez? », demande Mademoiselle Yu.

« Oh, rien de particulier. »

« Vraiment ? Je pensais que vous tricotiez une écharpe. Comment avez-vous appris à tricoter? »

« J’ai appris toute seule », répond Madame Dogantzi en souriant.

« C’est incroyable », dit Mademoiselle Yu. « Et, vous travaillez si vite! Combien de temps vous faudra-t-il pour finir? »

« Trois jours », répond-elle fièrement. « Je peux tricoter une écharpe en trois jours. »

Stimulations physiques et émotionnelles

En bref, voilà la raison pour laquelle l’HGJ a tellement insisté pour développer et maintenir le PVAH. Les bénévoles, ainsi que le groupe de 85 étudiantes et étudiants en physiothérapie et en ergothérapie de l’université McGill de cette année, aident les patients âgés hospitalisés à rester actifs et stimulés en complément de leurs soins hospitaliers.

Outre les avantages physiques, intellectuels et émotionnels de cette attention personnalisée pour les patients, les étudiants de l’université McGill acquièrent une expérience pratique précieuse plus rapidement pendant leurs études que ce n’est habituellement le cas dans leur domaine.

Comme l’illustre la séance d’une demi-heure avec Madame Dogantzi, les étudiants apprennent également à improviser et à s’adapter à des circonstances qui changent rapidement.

Ils le font en cernant très vite les besoins et les intérêts de leurs patients, malgré un écart d’âge de 60 ans ou plus.

Parfois, les étudiants ont de la chance si un patient est de bonne humeur et a le sens de la répartie. C’est ce qui s’est produit quand Pesach Bosis a reçu la visite de Julia Lampasona, une étudiante en ergothérapie à l’université McGill âgée de 20 ans.

Tout comme Madame Dogantzi, Monsieur Bosis n’est pas très enthousiaste à l’idée de faire plus que des exercices assis sur une chaise. Mais dans son cas, c’est parce qu’il est trop impatient pour penser à autre chose qu’à l’arrivée imminente de sa femme. « C’est mon trésor depuis plus de 56 ans! » déclare-t-il.

L’université McGill décerne un prix au PVAH

Le Programme de vie des aînés hospitalisés a reçu le Prix de l’innovation en enseignement de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’université McGill. Ce programme est le fruit d’un partenariat entre l’HGJ et l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de l’université McGill.

En janvier, dans une lettre adressée aux organisateurs du PVAH, Annette Majnemer, vice-doyenne de l’enseignement de la faculté, a félicité « l’apport important et novateur que vous fournissez à l’enseignement, à l’apprentissage et à l’éducation ».

« Vous avez été choisi comme lauréat de ce prix cette année, en raison de la nature de votre innovation (originalité, durabilité) et de son incidence sur les étudiants (reproductibilité, nombre d’étudiants et portée). Nous vous sommes profondément reconnaissants du travail que vous accomplissez pour faire progresser l’éducation au sein de notre faculté. »

Pendant sa convalescence à l’HGJ, Pesach Bosis effectue des exercices physiques légers, guidé par Julia Lampasona, une étudiante en ergothérapie du Programme de vie des aînés hospitalisés.

Pendant sa convalescence à l’HGJ, Pesach Bosis effectue des exercices physiques légers, guidé par Julia Lampasona, une étudiante en ergothérapie du Programme de vie des aînés hospitalisés.

« Alors, aimeriez-vous faire son portrait ? », suggère Mademoiselle Lampasona.

« Oh non, je ne peux pas », répond Monsieur Bosis avec un sourire espiègle. « Elle est trop belle pour être dessinée. »

Il n’est pas étonnant que certains patients éprouvent également un sentiment de tristesse, qui peut survenir soudainement. Par exemple, lors d’une visite à Phyllis Francis, dont la cheville et le mollet droit étaient immobilisés par un plâtre, Mademoiselle Lampasona a complimenté la patiente sur la bague distinctive qu’elle portait.

« Merci », a répondu Madame Francis avant de fondre en larme soudainement. Entre deux sanglots, elle a expliqué qu’il s’agissait d’une bague qui avait appartenu à sa mère qui la lui avait offerte lorsqu’elle n’avait que 17 ans. « Elle voulait me voir en profiter pendant qu’elle était encore en vie; je ne l’ai jamais enlevée depuis toutes ces années.» 

« Quel geste touchant de sa part, mais ce n’est pas une raison pour être triste », lui a dit avec douceur Mademoiselle Lampasona. « En regardant la bague, vous avez un beau souvenir de votre mère tous les jours. »

« Oui », soupire Madame Francis, « je suppose que c’est vrai. »

« Et, pensez au beau côté des choses », poursuit Mademoiselle Lampasona, en changeant habilement le sujet pour que Madame Francis reste concentrée sur l’aspect positif. « C’est aujourd’hui que votre plâtre sera enlevé. C’est une belle journée. » 

« Oui, c’est vrai, vous avez raison! » s’exclame Madame Francis, en souriant de nouveau.

Des moments comme ceux-ci se produisent quotidiennement lorsque les patients âgés « reçoivent l’assurance qu’une personne s’intéresse à eux et se préoccupe de leur bien-être », explique Aisha Khan, conseillère clinique cadre à la pratique professionnelle au sein de la Direction de réadaptation et des services multidisciplinaires, qui supervise le PVAH.

« Les étudiants apportent de la joie et beaucoup d’espoir, particulièrement aux patients qui peuvent éprouver une détresse psychologique ou qui souffrent de dépression », ajoute Isabelle Lamontagne, spécialiste de la vie des personnes âgées et coordinatrice du PVAH. « Nous rappelons aux patients que la vie peut être belle et qu’ils sont capables de faire beaucoup de choses. »

Prévenir le déclin pendant une hospitalisation

Nous nous concentrons sur les patients plus âgés parce qu’ils sont souvent en situation vulnérable et présentent de multiples problèmes médicaux, en sus de besoins particuliers, de dire Madame Khan. Le simple fait d’être hospitalisés les expose à un risque accru de déclin de leurs fonctions mentales, de leur état nutritionnel et de leur mobilité.

Giuseppina Simeone (à gauche) fait des exercices pendant la visite de Julia Lampasona, une étudiante en ergothérapie du PVAH de l’HGJ.

Giuseppina Simeone (à gauche) fait des exercices pendant la visite de Julia Lampasona, une étudiante en ergothérapie du PVAH de l’HGJ.

Le PVAH tente de réduire au minimum ce déclin en demandant à des personnes formées à cette fin (y compris des étudiants de l’université McGill) de faire participer les patients à différentes activités revitalisantes. Elles comprennent notamment des exercices physiques légers et de la stimulation cognitive (jeux de mémoire ou casse-têtes), ainsi qu’à de l’aide lors des repas et pour d’autres tâches quotidiennes.

Bien que ce soit la troisième année au cours de laquelle les étudiants de l’université McGill participent au PVAH, il s’agit de la première fois qu’un trimestre complet, de janvier à avril, a lieu en personne. En 2020, les étudiants ont été présents en personne en janvier et en février, mais leurs visites à l’HGJ ont dû être interrompues en mars, au début de la première vague de la COVID-19.

L’année dernière, comme les étudiants n’étaient pas autorisés à entrer dans l’Hôpital, l’ensemble du trimestre s’est déroulé par le biais de la télémédecine. La créativité des membres du personnel a permis de développer le télé-PVAH : les étudiants effectuaient les exercices depuis leur domicile sur une plateforme virtuelle, et les patients à l’Hôpital (accompagnés par un membre de l’Équipe PVAH) qui voyaient les étudiants grâce à une tablette, faisaient les mêmes exercices.

Outre les bénéfices pour les patients, le PVAH permet aux étudiants de l’université McGill « de mieux comprendre en quoi consiste le travail avec des adultes âgées », souligne Gina Mills, adjointe intérimaire à la Direction de réadaptation et services multidisciplinaires, et coordonnatrice de la pratique professionnelle.

« Le PVAH les aide également à mieux comprendre ce qui sera attendu d’eux et la manière dont ils devront agir éventuellement à titre de professionnels », explique Madame Mills.

Préparer les étudiants

En préparation de leurs visites à l’Hôpital, les étudiants ont reçu une formation en classe au cours de l’automne et assisté à des conférences portant sur différents sujets, comme l’âgisme et la communication avec les personnes âgées, données par une équipe composée de professionnels interdisciplinaires, comprenant des membres PVAH, un diététicien, un physiothérapeute et un orthophoniste.

Pour se familiariser avec le milieu hospitalier, les étudiants se sont également rendus à l’Hôpital pour une visite préliminaire, où ils ont ajouté une foule de détails pratiques à leurs connaissances, y compris la manière de modifier la position d’un lit et de l’endroit où se trouver la sonnette d’appel du patient.

Par la suite, de professionnels du PVAH ont donnée une formation par vidéo aux étudiants que ces derniers peuvent consulter s’ils ont des questions.

Mademoiselle Lampasona souligne que, cette transition de la salle de classe au travail avec les patients constitue « un changement radical, mais il s’agit d’un avantage considérable pour nous. Dans la plupart des autres programmes, toute la formation a lieu avant que les étudiants puissent aller sur le terrain, mais nous avons la chance incroyable de pouvoir le faire dès notre première année. »

Le moindre geste a une grande portée

L’appui de la Fondation de l’HGJ, des Auxiliaires de l’HGJ et des donateurs individuels est essentiel pour permettre au Programme de vie des aînés hospitalisés de fournir des services nécessaires. Grâce à ces dons généreux, le Programme peut améliorer les soins aux personnes âgées en milieu hospitalier. Pour faire un don, veuillez communiquer avec la Fondation de l’HGJ.

« Nous devons vraiment apprendre à nous adapter rapidement à des situations inattendues », ajoute Mademoiselle Yu. « Il y a eu des simulations à l’université, avec des acteurs qui jouaient le rôle des patients, mais travailler dans un environnement réel est toute autre chose. Nous devons établir rapidement une relation avec chaque patient et être prêts à tout. »

L’écart d’âge peut sembler énorme, note Mademoiselle Lampasona, mais parfois « si un patient a des petits-enfants, j’ai l’impression qu’il me considère presque comme une petite fille qui veut en savoir plus au sujet de sa famille et de sa culture. »

« Un séjour à l’Hôpital est loin d’être une situation idéale, mais cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas sourire et être heureux. »

« Et, ils nous racontent des choses tellement extraordinaires », poursuit Mademoiselle Yu. « Bien sûr, un séjour à l’Hôpital est loin d’être une situation idéale pour eux, mais cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas sourire et être heureux. Quand nous conversons, je sens qu’ils aiment la vie. »

Madame Khan a été le témoin de ces résultats encourageants. « Aujourd’hui encore, j’ai entendu une infirmière dire à l’une de mes étudiantes ‘fais attention, le patient n’est pas de bonne humeur, il pourrait même t’insulter.’ »

« Cette étudiante a donc conversé calmement avec le patient en lui demandant ce qu’il aimerait faire, et quelques minutes plus tard, elle est revenue avec un jeu de cartes. Lorsque j’ai jeté un coup d’œil sur eux, ils jouaient depuis 20 ou 30 minutes; plus tard, l’étudiante m’a dit qu’ils avaient souri et ri pendant toute la séance. »

Madame Lamontagne trouve particulièrement gratifiant que le PVAH expose plusieurs étudiants aux avantages de travailler avec des patients âgés.

« Nous savons que pour la plupart des futurs jeunes professionnels dans le domaine des soins de santé, l’ergothérapie ou la physiothérapie auprès des personnes âgées n’est habituellement pas le premier choix », dit-elle. « Plusieurs d’entre eux préféreraient faire quelque chose ayant trait aux enfants, au sport ou aux arts, quelque chose d’un peu plus prestigieux. »

« C’est la raison pour laquelle il est tellement agréable de voir que certains étudiants du PVAH envisagent différemment cet aspect de leur carrière. Passer du temps avec les personnes âgées procure un sentiment de satisfaction très particulier, et je suis ravie que le PVAH puisse en faire partie. »

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