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La pandémie motive les sages-femmes à ‘donner naissance’ à de nouveaux services de télésanté

À la mi-avril, six semaines après avoir accouché, Nicole-Ann Shery berce sa fille, Kayla, assise devant l’écran de son ordinateur pour sa dernière visite post-partum –  joyeuse et larmoyante – avec Kathleen McDonald, la sage-femme qui l’a accompagnée tout au long de sa grossesse.

En compagnie de son conjoint, James Dylan, Madame Shery s’est connectée à Madame McDonald par le biais d’une vidéoconférence sur Zoom, au cours de laquelle elle a pu fièrement montrer à sa sage-femme à quel point Kayla se portait bien.

Madame Shery a également exprimé ses remerciements au cours de la rencontre d’une heure qu’elle décrit maintenant comme « un peu aigre-douce et très émotionnelle ».

« J’aurais bien aimé être là avec Kathleen et la voir tenir Kayla dans ses bras, mais la COVID-19 nous a séparées. Au moins, nous avions Zoom; sinon, cela n’aurait pas été la même chose. Je n’aurais pas pu ‘boucler la boucle’. »

Le lien solide qui existe entre Madame Shery et Madame McDonald s’est d’abord tissé en personne, pendant les mois qui ont précédé la naissance de Kayla, le 3 mars, quand le spectre du coronavirus n’était encore qu’une menace lointaine.

Ainsi, Madame Shery a pu se rendre en personne à la Maison de naissance Côte-des-Neiges [1], un Centre membre du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, où elle a rencontré Madame McDonald pour toutes ses consultations prénatales.

Cependant, quand la COVID-19 a commencé à obliger les Montréalais à rester à leur domicile pour éviter d’être contaminé et de propager le virus, la mère et la sage-femme ont dû compter sur la télésanté, plusieurs appels téléphoniques et la vidéo pour une dernière rencontre, pour rester en contact.

« Je ne sais pas si quelque chose peut compenser le manque de contact en personne », dit Madame Shery, « mais, quand nous nous sommes vues à la fin, c’était presque comme si nous étions ensemble physiquement. Je suis reconnaissante d’avoir eu cette possibilité ».

S’éloigner de la profession de sage-femme traditionnelle

Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes à la Maison de naissance Côte-des-Neiges. [13]

Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes à la Maison de naissance Côte-des-Neiges.

Pour Madame McDonald, la pandémie s’est traduite par un éloignement considérable de la profession de sage-femme traditionnelle, « qui est ancré dans une démarche holistique pour la grossesse, l’accouchement et la période post-partum ». 

« Normalement, les consultations prénatales nous permettent d’établir une relation interpersonnelle avec les membres de la famille. Ils parlent ouvertement avec nous de leurs craintes, et nous pouvons les préparer à quoi ils doivent s’attendre de manière réaliste pendant le travail, l’accouchement et la nouvelle parentalité. »

« Même si la pandémie nous a obligés à faire certains changements majeurs, la vidéoconférence a été d’une aide précieuse. Nous pouvons encore inclure le partenaire, observer l’interaction non verbale entre les parents et avoir des rendez-vous comportant une touche personnelle. Je pense qu’il s’agit d’un bon compromis. »

Quand la crise a commencé, les cours prénataux ont été suspendus temporairement, explique Maëcha Nault, responsable des Services de sages-femmes à la Maison de naissance Côte-des-Neiges.

Kathleen McDonald, sage-femme à la Maison de naissance Côte-des-Neiges. [14]

Kathleen McDonald, sage-femme à la Maison de naissance Côte-des-Neiges.

Cependant, dit-elle, quand la situation se sera stabilisée, les cours seront de nouveau donnés en personne, parce que « nos clients apprécient l’interaction avec les autres familles qui sont dans la même situation. C’est l’une des manières par le biais desquelles nous les préparons à un accouchement naturel ».

Avant la COVID-19, la télémédecine était relativement rare, non seulement dans les Centres du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, mais à l’échelle du Québec. Selon le Dr Justin Cross, directeur de la santé numérique au CIUSSS, cette rareté était attribuable au refus du ministère de la Santé et des Services sociaux de rembourser la plupart des activités effectuées en télésanté.

Le moment décisif a eu lieu en février, peu de temps avant que la pandémie de la COVID-19 ne frappe la province. Le ministère a compris que pour prévenir la propagation du virus, la plupart des patients (et plusieurs membres du personnel, y compris certains cliniciens) devaient rester loin des hôpitaux et de certains autres centres de soins de santé.

Ainsi, agissant rapidement, le gouvernement a « approuvé les remboursements généralisés pour la plupart des services que les médecins prodiguaient par vidéo ou par téléphone », ajoute le Dr Cross. En outre, le ministère a négocié directement avec Zoom pour obtenir des comptes qui répondaient à des normes de sécurité et d’encodage plus élevées.

La télésanté devait partir de zéro

Néanmoins, la Maison de naissance Côte-des-Neiges devait partir de zéro, explique Madame Nault, car, contrairement à d’autres centres du CIUSSS, nous n’avions jamais utilisé la télésanté avant la pandémie.

En fait, ajoute-t-elle, le Centre utilise encore des dossiers papier, mais elle espère que le passage à des dossiers médicaux électroniques aura lieu prochainement.

D’un point de vue technique, Madame Nault dit que le Centre a beaucoup progressé en peu de temps, grâce à l’appui solide des personnes chargées de la résolution des problèmes au sein de la Direction des technologies de l’information du CIUSSS.

Entre-temps, la télésanté, et plus particulièrement l’aspect vidéo, a suscité l’intérêt aussi bien des clientes que des membres du personnel, puisqu’elle « permet de recueillir beaucoup d’information sur la santé du bébé, comme la couleur de la peau, qui peut changer dans un cas de jaunisse ».

« De plus, la vidéo est vraiment utile pour donner des conseils d’allaitement, car nous pouvons observer l’interaction entre le bébé et la mère, y compris la manière dont le bébé prend le sein. »

« Lorsque vous voyez la nouvelle mère et sa famille, vous avez une bien meilleure idée de l’état d’esprit de la famille pendant la période post-partum ».

Madame McDonald affirme que la vidéo permet même de voir toute une gamme d’indices visuels subtils au sujet du niveau général de confort physique et psychologique de la mère après l’accouchement. « Nous voyons les petits détails non verbaux de la dynamique familiale, ainsi que les signes de dépression post-partum ou de syndrome du troisième jour (baby blues). »

« Au téléphone, la patiente peut faire bonne contenance et dire quelque chose comme ‘ oh, oui, je vais bien’. Mais lorsque vous pouvez réellement voir la nouvelle mère et sa famille, vous avez une bien meilleure idée de son état émotionnel et de l’état d’esprit du reste de la famille, ce qui est tellement important pendant la période post-partum. »

Comme la profession de sage-femme privilégie les contacts en personne, Madame Nault dit que plusieurs services traditionnels de la Maison de naissance Côte-des-Neiges reprendront probablement après la pandémie de la COVID-19. Toutefois, elle ajoute qu’il ne fait aucun doute que la télésanté restera présente, souvent pour le triage ou comme une sorte d’outil de diagnostic.

Par exemple, explique-t-elle, « nous pourrions utiliser Zoom si une femme enceinte communique avec nous pour une question urgent et que nous devons déterminer s’il s’agit d’un problème réel ou si elle peut attendre quelques jours avant de venir nous voir pour sa visite régulière ».

Madame McDonald note aussi que puisque plusieurs clients voyagent pendant leur grossesse, « Zoom est la manière idéale de rester en contact avec elles et d’être en mesure de les aider s’il y a un problème quand elles sont à l’autre bout du monde ».

« Avec la télésanté, la sage-femme devra peut-être faire un peu plus d’efforts pour établir une relation avec la future mère et la famille », explique Madame Nault, « mais la télésanté nous a également permis d’être plus souple et mieux en mesure de réagir dans certaines circonstances ».

« La télésanté est rapidement devenue un autre moyen pratique de fournir aux mères l’appui dont elles ont besoin, et c’est la raison pour laquelle je pense que cette démarche est bien enracinée. »