Octobre 2017Pleins feux

La pédopsychiatrie : 50 ans de soutien à nos enfants et à leur famille

L’HGJ a été l’un des premiers hôpitaux à adopter une démarche d’équipe pour traiter les troubles comportementaux chez les enfants

C’était la soudaineté des crises de colère qui surprenait, un déchaînement de furie de la part d’un petit garçon de sept ans, tellement intelligent et sensible.

C’était peut-être la frustration de devoir composer avec une dyslexie récemment diagnostiquée. Ou encore, l’anxiété entraînée par les nouvelles contraintes de la première année d’école primaire.

Mais, une chose était claire : Sean Gallagher maîtrisait de moins en moins ses émotions, et ni lui ni ses parents désemparés ne savaient comment les contrôler.

« Il avait de moins en moins confiance en lui », se souvient Patricia Gallagher (dont le nom, ainsi que celui de son fils et de son mari, est confidentiel), la maman de Sean. « Un soir, il m’a dit, ‘maman je crois que je suis le garçon le plus stupide de l’école’, ce qui n’était vraiment pas le cas. » Madame Gallagher se tait pendant quelques minutes, avant d’ajouter d’une voix triste « il était seulement pris dans un piège où les colères et l’anxiété prenaient le pas sur tout ».

Aujourd’hui, en revanche, le jeune Sean de 12 ans sourit facilement et n’hésite pas à parler de ses problèmes antérieurs. Il dit qu’il envisage avec plaisir les nouvelles activités de sa 7e année scolaire, et espère continuer à s’adonner à ce qui le passionne, qu’il décrit comme étant « les ordinateurs, les jeux vidéo et…», après une courte pause, il ajoute en riant « encore les ordinateurs ».

La transformation de Sean, que lui-même et ses parents reconnaissent volontiers, découle directement des traitements et des conseils qu’il a reçus au Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale à l’HGJ, au cours de l’année scolaire 2014-2015.

Le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale situé dans le pavillon Ruth et Saul Kaplan

Le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale situé dans le pavillon Ruth et Saul Kaplan

Bien que Sean et ses parents se rendent encore occasionnellement au pavillon Ruth et Saul Kaplan du chemin de la Côte-Sainte-Catherine, pour saluer les membres du personnel, leur visite à la fin du mois de septembre visait à exprimer leur gratitude pour l’aide que Sean avait reçue, et c’était leur manière d’aider à commémorer le 50e anniversaire du programme de pédopsychiatrie de l’HGJ, célébré cette année.

Selon les parents de Sean, la démarche unique adoptée par le Centre a été d’une importance cruciale, c’est-à-dire une stratégie de traitement qui engage non seulement la participation de l’enfant, mais aussi la collaboration des parents, des enseignants, des thérapeutes, des infirmières et des autres professionnels de la santé : la démarche avant-gardiste qui caractérise la pédopsychiatrie à l’HGJ.

« Toutes ces personnes établissaient des ponts avec l’école ordinaire et les enseignants », explique Eric Gallagher, le père de Sean. « Bien sûr, cette approche était très rassurante. Et ces ponts, qui suscitaient un sentiment de familiarité et de gaieté, ont fait une différence énorme. »

« Nous avions l’impression de faire partie d’une véritable communauté ici », ajoute Madame Gallagher. « C’est une expérience remarquable de savoir que toute une équipe de professionnels vous connaît et connaît votre fils tellement bien. Et nous les connaissions aussi. Nous n’avons jamais considéré ces professionnels comme une équipe clinique, mais comme une équipe familiale. »

« C’est une expérience remarquable de savoir que toute une équipe de professionnels vous connaît et connaît votre fils tellement bien. Nous n’avons jamais considéré ces professionnels comme une équipe clinique, mais comme une équipe familiale. »

Madame Gallagher s’empresse d’ajouter que les colères de Sean étaient principalement dirigées vers lui-même et qu’elle n’avait jamais causé de blessures ou de destruction de biens. Avant de communiquer avec l’HGJ, les parents de Sean avaient embauché un professionnel pour assurer la liaison entre eux et les enseignants de leur fils. Cette démarche a donné lieu à une série de réunions utiles auxquelles se joignait souvent un travailleur social.

Quoi qu’il en soit, vers la fin de la 3e année scolaire de Sean, en 2014, ses colères continuaient d’être tellement préoccupantes que monsieur et madame Gallagher ont accepté d’être recommandés au Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale. Peu après, dit madame Gallagher, nous avons parlé de cette décision à nos amis, et « je pense qu’ils étaient très inquiets de l’ostracisme qui pouvait être lié à un programme extérieur au système scolaire courant. Mais nous étions réellement prêts à accepter une démarche qui pourrait aider notre fils ».

En août 2014, ils ont été invités à une rencontre préliminaire avec la Dre Jaswant Guzder, l’ancienne directrice du Centre qui a pris sa retraite l’été dernier après 40 ans de service à l’HGJ. Ils ont été particulièrement impressionnés par la manière dont la Dre Guzder a fait participer Sean au processus décisionnel et a obtenu son accord pour améliorer son comportement.

La Dre Jaswant Guzder, directrice du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ, de 2004 à 2017

La Dre Jaswant Guzder, directrice du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ, de 2004 à 2017

« Nous avons vu une différence remarquable dès le début du traitement, et les enseignants ont tellement fait », de dire monsieur Gallagher. « La Dre Guzder semblait avoir un sixième sens, et il arrivait qu’elle réponde à l’une de nos questions avant même que nous la posions. »

Comme plusieurs autres étudiants-patients, Sean passait quatre jours par semaine en classe au Centre tout en recevant des traitements; le cinquième jour, il retournait à son école ordinaire. Pendant tout ce temps, Sean et ses parents participaient non seulement à des consultations familiales, mais ils étaient invités à maintenir une bonne communication avec les thérapeutes et à communiquer avec eux au besoin.

« Nous étions vraiment profondément reconnaissants de pouvoir parler à un thérapeute en tout temps », dit madame Gallagher. Parfois, elle et son conjoint recevaient simplement quelques paroles d’encouragement, tandis qu’à d’autres occasions, ils obtenaient des conseils précis sur la manière dont ils devaient agir à la maison quand Sean était particulièrement stressé.

Aujourd’hui, Sean continue d’utiliser les exercices de respiration, et les autres techniques qu’il a appris au Centre, quand il sent qu’il pourrait perdre le contrôle de ses émotions. Par exemple, de sa participation à un Jamboree scout, il dit : « c’était la première fois que je partais de la maison pendant plus d’une semaine. Il y a eu de moments où je me sentais un peu seul, mais j’étais capable de me calmer. »

Dessins exécutés par des enfants de la Division de pédopsychiatrie de l’HGJ.

Dessins exécutés par des enfants de la Division de pédopsychiatrie de l’HGJ.

Sean a appris à mieux se connaître et s’est développé dans un environnement qui, en raison de ses professeurs, de ses salles de classe et de son gymnase, ressemblait beaucoup à une école ordinaire. Toutefois, comme le souligne la Dre Guzder, « dès le début du programme nous demandons aux participants et à leur famille de comprendre qu’il ne s’agit pas d’une école, mais bien d’un établissement de soins. L’objectif du traitement est d’encadrer les enfants, et leur famille, pour les munir des outils dont ils ont besoin pour maîtriser les exigences d’une école ‘ordinaire’ ».

Le risque, selon la Dre Guzder, est que certains enfants sont tellement rassurés par l’environnement du Centre qu’ils éprouvent des réticences à le quitter. « Si vous vivez dans un environnement sécuritaire, où il y a beaucoup de personnel et où vous recevez un appui soutenu en tout temps, vous n’utilisez pas vos outils. C’est la raison pour laquelle certains enfants peuvent régresser, comme toute personne fragile. »

C’est aussi la raison pour laquelle il est tellement important que les 56 enfants du Centre, dont la moitié est âgés de moins de sept ans, et les autres ont entre huit et douze ans, retournent à leur école ‘ordinaire’ une fois par semaine, ajoute la Dre Guzder. Pour que ce soit possible, une collaboration étroite entre le personnel du Centre et les enseignants de l’enfant est essentielle.

« Nous établissons une communication active avec l’école de l’enfant, nous y allons et déterminons les outils dont l’enfant aura besoin. »

« Nous établissons une communication active avec l’école de l’enfant, nous y allons et déterminons les outils dont l’enfant aura besoin, par le biais de tests qui nous permettent de comprendre ses besoins particuliers en matière d’apprentissage, et examinons les autres types de problèmes, comme les médicaments. Nous peaufinons continuellement ce que nous devons faire pour aider l’école et la communauté à accepter de nouveau cet enfant dans leurs seins. »

Bien que le pavillon Ruth et Saul Kaplan spécialement aménagé ait ouvert ses portes en 2010, la démarche de l’équipe décrite par la Dre Guzder découle directement de la philosophie, à la fois révolutionnaire et évolutionnaire, du programme de pédopsychiatrie lancé en 1967.

Initialement, le Service d’admission de l’HGJ s’adressait aux enfants qui étaient « trop agressifs, trop suicidaires ou trop anxieux, ou à ceux qui manifestaient des problèmes de développement graves, comme l’autisme », ajoute le Dr Ronald Feldman, qui a été le premier directeur du Service de pédopsychiatrie et a occupé ce poste jusqu’en 1977.

Toutefois, au lancement du programme, le Dr Feldman s’engageait dans un nouveau champ d’activités qui s’éloignait considérablement de la démarche psychanalytique qui était alors utilisée auprès des enfants souffrant de différents types de problèmes. Pour l’HGJ, il s’agissait de ce que le Dr Feldman qualifie de « virage dramatique » vers une démarche axée sur le comportement et la scolarité.

Cette nouvelle démarche exigeait la participation des parents, à titre de cothérapeutes, qui devaient comprendre ce que les professionnels de la santé s’efforçaient d’accomplir et continuer de travailler avec l’enfant à la maison pour compléter le traitement des professionnels de la santé.

Les installations du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ, avant le déménagement en 2010 au pavillon Ruth et Saul Kaplan, qui abrite maintenant le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale.

Les installations du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ, avant le déménagement en 2010 au pavillon Ruth et Saul Kaplan, qui abrite maintenant le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale.

Les débuts n’ont pas été sans difficulté. Le Dr Feldman se souvient qu’avant le lancement du Service, certains membres du personnel de l’Hôpital s’inquiétaient de la présence d’enfants perturbés à JGH. « Je les rassurais continuellement : « Ne vous inquiétez pas. Nous nous en occuperons. Les lieux sont aménagés en conséquence. Nous pouvons gérer la situation. Il ne se passera rien de grave. Et, bien sûr », ajoute-t-il en riant « dès le premier jour, un enfant a tiré sur la sonnette d’alarme d’incendie de l’Unité ».

L’aménagement des établissements n’était pas toujours idéal non plus. Jusqu’en 2010, quand tous les éléments de la pédopsychiatrie ont finalement été réunis sous un même toit, le Service était éparpillé dans un certain nombre d’établissements, y compris à différents moments, à l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale (où les adultes sont soignés) et au pavillon A (où sont situées les anciennes chambres et les salles de classe de l’École des infirmières de l’HGJ).

Rosemary Short, qui a pris sa retraite cet été, après 27 années de service comme infirmière-chef et un total de 34 ans à l’HGJ, se souvient que les enfants avaient un besoin tout naturel de se défouler, mais dans le pavillon A « il y avait seulement les corridors. Il n’y avait pas vraiment de lieu convenable pour eux ».

Par contre, le nouvel édifice « a transformé notre rêve en réalité », ajoute madame Short, ce lieu moderne, aéré et lumineux est tellement propice aux traitements. C’est ce qui a permis aux membres de notre personnel d’être d’une efficacité accrue pour « changer les choses dans la vie de ces enfants et de leur famille. Avant qu’ils viennent à nous, ils n’ont réellement pas de voix, et maintenant, pour la première fois, ils ne se sentent plus seuls. Finalement, ils sont en contact avec d’autres personnes dans des situations semblables ».

La Dre Paola Habib, directrice du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ

La Dre Paola Habib, directrice du Service de pédopsychiatrie à l’HGJ

« Il ne fait aucun doute que quand les enfants et leurs parents viennent ici, ils viennent dans un hôpital de pédopsychiatrie », ajoute la Dre Paola Habib, qui est devenue la directrice du Service de pédopsychiatrie cet été. « Mais, ils sont également agréablement surpris par cet édifice dont l’aménagement aide à réduire l’ostracisme possible lié à leur présence. »

Lors de son entrée en service à l’HGJ, la Dre Habib a été impressionnée par « la démarche respectueuse des sensibilités culturelles et de l’attention soutenue envers la thérapie familiale et la thérapie en général, comparativement à la seule administration de médicaments. Et, tous les membres de notre personnel, que ce soit les psychiatres, les psychologues, les psychoéducateurs, le personnel de l’accueil ou les secrétaires, éprouvent une passion réelle envers leur travail. Il s’agit plus d’une vocation que d’un travail. »

« J’ai travaillé dans un certain nombre de pays, et je peux dire qu’ici, à LHGJ, j’ai le sentiment profond que chaque personne déploie tous les efforts possibles pour combler les besoins de chaque patient. C’est la pédopsychiatrie que j’ai toujours rêvé de pratiquer. »

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