Articles vedettesSeptembre 2015

La redécouverte d’aptitudes à la vie quotidienne avec des pinceaux, de la peinture et des stylos

Oubliez toute idée préconçue sur l’art comme forme de thérapie non verbale durant un traitement psychiatrique. Andrea Blanar utilise une approche totalement différente. Ergothérapeute à l’HGJ, Mme Blanar a retiré l’art du milieu clinique et en a fait un catalyseur pour développer des compétences — comme la résolution de problèmes, l’organisation du travail et la capacité d’accepter la critique — des façons de faire qui aident à affronter les aléas de la vie.

« L’accent n’est pas du tout mis sur la maladie », a souligné Mme Blanar en juin dernier, lors d’une exposition de peintures, de dessins et de collages réalisés par neuf artistes inscrits à son atelier offert à l’Institut de psychiatrie communautaire et familiale de l’HGJ. « Dans notre groupe, l’art est un refuge qui permet de refaire ses forces et d’éprouver un véritable sentiment de fierté quant aux progrès accomplis. »

Ses commentaires ont trouvé un écho chez Reisa « Tashi » Lipszyc, dont la confiance s’est considérablement améliorée en trois ans, depuis ses débuts à l’atelier. « À la fin de la première année, je cachais mon travail et ne le montrais à personne, raconte-t-elle. Mais aujourd’hui, j’expose publiquement, ce qui témoigne du progrès que j’ai fait. J’ai trouvé très libérateur de faire partie d’un groupe où on ne s’attendait à rien de moi, et c’est grâce à Andrea que j’ai pu persister. »

En regardant ses motifs abstraits de couleur et en noir et blanc, qui évoquent un labyrinthe, Mme Lipszyc dit ne pas encore avoir trouvé un style avec lequel elle se sent parfaitement à l’aise, « mais c’est merveilleux d’avoir juste la liberté d’explorer. »

Selon Mme Blanar, également artiste professionnelle, l’événement du printemps était la première exposition publique de son groupe, mis sur pied en 2000 pour « autonomiser les patients, encourager leur réadaptation et leur permettre de retrouver un niveau de fonctionnement supérieur. »

« Beaucoup de gens pensent que faire de la peinture ou un autre type d’œuvre d’art est une forme de jeu, poursuit l’ergothérapeute. Mais c’est faux : un travail bien fait est difficile et demande de la discipline. Voilà pourquoi les échanges du groupe n’ont rien à voir avec la maladie, mais portent plutôt sur la résolution de problèmes qui permet à une peinture d’être ce que l’artiste veut qu’elle soit. »

Selon Mme Blanar, les membres de son atelier reconnaissent ouvertement que la maladie mentale a eu des effets sur la créativité qu’ils pouvaient avoir en eux. « Mais notre objectif à l’atelier est de faire ce que tout artiste fait normalement, c’est-à-dire discuter de techniques artistiques, consulter des livres d’art, exprimer ses opinions et apprendre à accepter la critique ».

Quant à Gale « Goldie » Ostroff, sa participation l’a menée à adopter un style dans lequel des stylos-feutres d’excellente qualité sont le médium qu’elle emploie pour créer des images mi-réalistes et très colorées de têtes, de mains, d’yeux et d’autres objets qui s’imbriquent de manière sinueuse et aérienne.

L’une des plus anciennes participantes à l’atelier, Mme Ostroff assure que ses 10 ans d’expérience lui ont donné « le sentiment de reprendre le contrôle de sa vie, de demeurer en contrôle et de poursuivre une activité où il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon d’arriver là où je veux aller. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas de discipline. En fin de compte, je dois avoir la certitude que tout fonctionne ».

En regardant ses peintures, Mme Ostroff explique que les visages sont purement imaginaires et non pas la représentation de personnes bien précises. Mais son travail reflète naturellement son vécu, « rempli de mains tendues et de personnes unies. C’est, je crois, une description assez exacte de notre atelier ».

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