Première personne du singulierSeptembre 2015

Le parcours d’un homme de vision ou la satisfaction de sensibiliser le public au glaucome

Quand j’étais jeune, personne n’aurait cru que je travaillerais un jour dans un hôpital. La seule façon dont mes parents réussissaient, à mon corps défendant, à me faire franchir les portes d’un hôpital était de me promettre une voiture miniature Dinky Toy ou Matchbox.

Et pourtant, me voici aujourd’hui à l’HGJ, technicien en ophtalmologie et chargé de projet au Centre d’information sur le glaucome McGill. En collaboration avec mes collègues, je sensibilise l’opinion publique à la préservation de la vue en détectant le glaucome avant même que la maladie ne cause des ravages.

Mais pourquoi donc, de tous les lieux de travail, je me suis retrouvé dans un hôpital? Parce que je me suis laissé porter par le cours des événements qui a pris une direction imprévue.

Après l’obtention d’un diplôme en études sociales et mon admission à l’Université de Montréal, ma passion de longue date pour la photographie m’a amené à m’inscrire au Collège Dawson (au grand désarroi de mes parents). Devenu pigiste en photographie commerciale et industrielle, j’ai finalement atteint un statut professionnel de haut niveau et j’ai été nommé président de la Corporation des maîtres photographes du Québec.

Mais voilà que se produit un de ces événements d’apparence anodine qui changera le cours de ma vie. Au début des années 1980, alors que je photographiais les grands voiliers à Québec, un collègue me demande de collaborer à un projet dans un centre pour enfants handicapés. Puis, il me parle d’un ami du Centre hospitalier de l’Université Laval qui est à la recherche d’un assistant à temps partiel en photographie et en angiographie. À l’époque, il n’y avait que sept spécialistes en angiographie au Québec, et environ 30 dans tout le Canada, donc une proposition qui, selon mon ami, pourrait m’intéresser. Me voilà donc parti en stage (où avais-je la tête?) pour découvrir le travail de laboratoire et me familiariser avec ses aspects ultras techniques.

De but en blanc, à mon retour à Montréal en 1985, je reçois l’appel d’une photographe en ophtalmologie de l’HGJ qui, ayant entendu parler de moi, veut savoir si je suis intéressé à la remplacer pendant son congé sabbatique. Quelle question! Pour un pigiste comme moi, un contrat d’un an à l’HGJ était une chance inespérée.

Une fois l’année terminée, on m’a invité à rester à l’HGJ et à recevoir une formation de technicien en ophtalmologie. À cela se sont ajoutés une formation en électrophysiologie oculaire et un poste dans le nouveau laboratoire des troubles de la vision, de même qu’une formation complémentaire d’instructeur pour les étudiants et les résidents en psychologie et un travail d’évaluation des patients. J’enseignais également au programme de formation continue du Collège Dawson.

J’ai fait mes débuts dans le domaine du glaucome en acceptant d’aider le Dr Oscar Kasner du Service d’ophtalmologie de l’HGJ. De plus, cette mystérieuse maladie m’intriguait. Comme elle frappe avant même l’apparition de symptômes, les personnes ont souvent tendance à ne pas la prendre au sérieux. Pourtant, même si on peut le contrôler, le glaucome est la deuxième cause la plus courante de cécité dans le monde.

Le Dr Kasner et Carole Desharnais, infirmière en Ophthalmologie, avaient un jour prévu faire un exposé devant des patients. Comme j’avais de l’expérience dans l’enseignement et que j’avais déjà prononcé des allocutions, le Dr Kasner m’a demandé de dire quelques mots. La présentation s’est si bien passée qu’à compter de ce jour nous sommes devenus « l’équipe du glaucome ».

Notre événement a conduit à la création du Centre d’information sur le glaucome McGill, qui fournit aux patients les explications dont ils ont besoin, et permet d’atteindre un grand nombre de personnes qui ignorent les effets potentiellement dévastateurs de la maladie. Après plus de 105 conférences et de nombreuses activités de sensibilisation, notre implication est toujours la même.

J’ai également préparé la publication de dizaines d’articles sur le sujet, et nous avons même produit un DVD distribué partout au Québec et aussi loin qu’en Afrique et en Haïti. En communiquant avec le public par un programme de sensibilisation reconnu à l’échelle internationale, j’éprouve une grande satisfaction à savoir que je contribue directement à sauver la vue de personnes en leur fournissant de l’information. Je suis également fier de faire partie d’une équipe qui peut exercer une véritable influence sur la vie des gens.

Il me reste toutefois un rêve à réaliser : trouver un bienfaiteur — un particulier ou une bonne société citoyenne — capable de fournir un modeste soutien à mes exposés bimensuels auprès d’organismes communautaires, de CLSC, de bibliothèques publiques et d’autres groupes du genre. J’avoue que ces derniers temps il m’est devenu de plus en plus difficile d’assumer une telle charge de travail et, à mon grand regret, je dois parfois refuser des invitations à prononcer des allocutions. Partout où je vais, je constate l’immense besoin de diffuser de l’information à ce sujet.

Ce qui m’amène à vous parler de 2015 — et de mes 30 ans à l’HGJ. Qui sait? Lorsque le temps viendra de prendre ma retraite, je déciderai peut-être de continuer tout simplement mon travail de sensibilisation au glaucome. Un bilan plutôt positif pour ce qui n’était au départ qu’un contrat d’un an.

Marc Renaud

Technicien en ophtalmologie, Service d’ophtalmologie de l’HGJ
Chargé de projet, Centre d’information sur le glaucome McGill
Lauréat du Prix Au-delà des soins 2010 du Comité d’humanisation des soins de l’HGJ
Lauréat du Prix d’excellence en sciences paramédicales 2014 de l’HGJ
Récipiendaire de l’Ordre du mérite Louis Lacoste 2015 de la Ville de Boucherville

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