NouvellesPrintemps 2015

Le projet de loi 20 pourrait avoir un impact sur la qualité des soins hospitaliers

Le mémoire de l’HGJ insiste sur l’importance
de protéger le travail essentiel des omnipraticiens

Dans un mémoire en réponse au projet de loi 20, l’HGJ a félicité le ministère de la Santé et des Services sociaux de son intention de faciliter, d’accélérer et d’élargir l’accès aux soins de santé des Québécois, surtout au moment où de nombreuses personnes n’ont pas de médecin de famille attitré.

Par ailleurs, l’HGJ fait également remarquer que le projet de loi 20 « propose une solution “passe-partout” qui pourrait avoir des conséquences imprévues » pour les omnipraticiens qui accomplissent une grande diversité de tâches importantes en milieu hospitalier.

Présenté en novembre 2014, ce projet de loi prévoit des dispositions concernant les médecins omnipraticiens selon lesquelles ils devront prendre en charge un nombre minimum de patients et en voir davantage par année, sous peine de pénalités financières.

Soumis en mars dernier au ministère de la Santé et des Services sociaux, le mémoire de l’HGJ souligne que certains médecins omnipraticiens jouent un rôle de premier plan dans l’Hôpital en améliorant la qualité des soins non chirurgicaux des patients de l’HGJ en phase postopératoire — surtout les aînés et les personnes présentant plusieurs problèmes médicaux, notamment en orthopédie, ainsi que les patients nécessitant des soins généraux en neurologie, neurochirurgie et oncologie. Chez les personnes âgées ayant subi une chirurgie orthopédique à l’HGJ, cette mesure a permis de réduire considérablement le taux de mortalité et le nombre de transferts aux Soins intensifs.

Selon le mémoire, si le projet de loi 20 est adopté dans sa forme actuelle, « nous risquons de voir ces initiatives indispensables et à forte valeur ajoutée considérablement affaiblies et possiblement même éliminées », car de nombreux omnipraticiens devront consacrer du temps à d’autres tâches afin de respecter les exigences de ce projet de loi.

Le mémoire stipule que : « L’importance du rôle changeant de ces médecins qui s’occupent de patients hospitalisés doit être pleinement reconnue et mise en valeur. Leur participation améliore la qualité des soins de façon économique et efficace, tout en étant conforme aux pratiques exemplaires dans les établissements de soins de santé partout en Amérique du Nord. Cette entente mérite d’être protégée par le gouvernement dans l’intérêt de ces patients à haut risque dans les hôpitaux de tout le Québec. »

Le projet de loi 20 suggère également que si certains médecins omnipraticiens ne sont plus autorisés à traiter des patients recevant des soins spécialisés, ce rôle devra être assumé par des spécialistes issus de différents domaines. Toutefois, selon le mémoire de l’HGJ, cette proposition mettra l’Hôpital devant quatre défis à relever :

  • La plupart des médecins les plus anciens à l’HGJ (comme ailleurs) ont reçu leur formation spécialisée à une époque – datant parfois de plusieurs décennies – où un apprentissage diversifié en soins généraux faisait partie du curriculum. Même s’ils sont excellents dans leur propre domaine, ils ne sont pas en mesure d’offrir aux personnes âgées et aux patients ayant de multiples problèmes de santé le genre de soins de courte durée offert par les médecins omnipraticiens et les internistes généralistes.
  • Comme c’est le cas depuis quelques années, les médecins qui se préparent actuellement à des carrières de chirurgiens dans la plupart des sous-spécialités reçoivent une formation plus restrictive qui n’aborde plus les soins généraux aux patients. Ils n’acquièrent donc pas les compétences nécessaires pour remplacer les omnipraticiens et s’occuper des besoins non chirurgicaux des patients, particulièrement les patients souffrant de multiples comorbidités.
  • La prestation de soins aigus pour les patients présentant des problèmes médicaux complexes a considérablement évolué depuis que la plupart des spécialistes ont commencé leur carrière. Même si certains spécialistes peuvent être disposés à offrir ces soins, ils auront besoin d’une formation d’appoint pour remplacer les médecins omnipraticiens de façon adéquate.
  • Les spécialistes sont protégés par une assurance contre la faute professionnelle, mais uniquement si un événement indésirable se produit dans l’exercice de leur propre spécialité. Étant donné le taux de morbidité élevé chez les patients âgés ou chez les personnes qui ont de multiples problèmes de santé, les spécialistes pourraient refuser de remplacer les médecins omnipraticiens dans les unités, si leurs nouvelles tâches les obligent à pratiquer en dehors de leurs domaines d’expertise et les privent ainsi de la couverture de leur régime d’assurance.
TD Printemps 2015

Cliquer pour agrandir

C’est pourquoi l’Hôpital général juif recommande que les médecins omnipraticiens, tant ceux qui exercent en centre hospitalier qu’à l’extérieur de l’hôpital, soient autorisés à continuer :

  • à offrir leur prestation de soins de très grande valeur aux patients dans différentes unités de soins ;
  • à enseigner aux étudiants en médecine et à superviser les résidents ;
  • à consacrer à la recherche une portion déterminée de leur temps.

De plus, afin de maximiser les avantages de l’exercice des médecins omnipraticiens en milieu hospitalier, et afin de passer à la prochaine étape logique visant à accroître l’efficacité du CIUSSS (entré en vigueur le 1er avril), l’HGJ recommande « que le projet de loi 20 soit amendé pour que les médecins exerçant en milieu hospitalier, qui sont présentement des entrepreneurs indépendants, deviennent des professionnels salariés au sein de leur CIUSSS respectif, que leurs rôles et leurs responsabilités soient clairement définis, et qu’ils soient soumis à des évaluations de performance de façon régulière ».

Previous article

Éliminer le déficit tout en maintenant
la qualité des soins

Next article

In memoriam

No Comment

Leave a comment