Articles vedettesJuillet 2017

Le rabbin Myer Schecter : la mémoire de l’avenir

Plus tôt cette année, Brahms E. Silver, travailleur social en oncologie à l’HGJ, s’est rendu en Israël pour se recueillir sur la tombe de l’ancien aumônier de l’Hôpital, le rabbin Myer Schecter. Dans ce document, M. Silver explique les raisons pour lesquelles il a entrepris ce voyage et parle de l’impression durable que lui a laissée le rabbi Schecter.

Au cours de notre vie, plusieurs personnes jalonnent notre parcours. Dans certains cas, il s’agit d’une simple croisée des chemins, et ces personnes disparaissent de notre vie aussi rapidement qu’elles y sont entrées. Mais, avec un peu de chance, certaines personnes nous touchent au plus profond de notre cœur et de notre âme, et nous en sommes transformés à jamais. Pour moi, le rabbin Dr Myer Schecter, que sa mémoire soit source de réconfort, a été cet homme.

Le rabbin Schecter, qui est décédé le 13 décembre 2005, à l’âge de 76 ans, après une lutte courageuse contre le cancer, a été l’aumônier (ou, plus officiellement, le directeur des Services pastoraux) de l’Hôpital général de 1980 à 2005. Tout au long de son mandat, le rabbin a été reconnu et profondément respecté comme étant un homme de Dieu distingué, dont l’aménité des manières englobait tous ceux qui croisaient son chemin.

Brahms E. Silver

Brahms E. Silver

À titre de travailleur social en oncologie, qui appuie les patients atteints de cancer et leur famille, je considère que le rabbin incarnait le sens réel de ce que les professionnels aspirent à accomplir dans mon champ d’activité. Devant une tragédie, le rabbin était souvent comme une lumière dans les ténèbres, et il n’est pas étonnant qu’une amitié sincère soit née entre nous. Lors de son décès, j’ai fait le serment qu’un jour j’irais en pèlerinage sur sa tombe, en banlieue de Jérusalem. Cette possibilité s’est présentée en février dernier, quand ma femme Vivian et moi sommes allés en Israël dans le but précis d’honorer la mémoire de ce saint homme.

Avant de quitter Montréal, j’ai ramassé plusieurs cailloux autour de l’Hôpital général juif que j’ai emporté avec moi pour les déposer sur la pierre tombale du rabbin (placer des cailloux sur les pierres tombales est une tradition juive visant à rendre hommage au défunt en indiquant que la tombe a été visitée). Ces cailloux représentaient un certain nombre de collègues à l’HGJ, y compris le Dr Nir Hilzenrat, le Dr Joseph Portnoy et Henry Mietkiewicz (au Service des communications), qui avaient tous des liens étroits avec le rabbin.

J’ai déposé d’autres cailloux au nom des personnes qui auraient également voulu être représentées symboliquement, mais avec qui je n’ai pas pu communiquer avant de partir de Montréal.

Au cimetière, Vivian et moi avons eu la chance d’être accompagnés par le rabbin Moshe Emergui, de l’organisation Chabad, qui a accepté d’interpréter, avec beaucoup d’émotion, la prière commémorative juive El moleh rachamim.

Pendant notre courte cérémonie, j’ai beaucoup pensé à la chance que j’avais eu d’avoir été témoin à plusieurs reprises du talent et de l’authenticité du rabbin. Quand il pénétrait dans la chambre d’hôpital d’un patient, nous sentions immédiatement la présence d’une énergie transformatrice, favorisant la guérison. Mais, c’était son humilité qui en faisait un homme exceptionnel. Nous l’avons souvent entendu dire « Quand je pénètre dans la chambre d’un patient âgé de 90 ans ou plus, c’est moi qui lui demande de me bénir ».

Le rabbin Schecter pratiquait le judaïsme orthodoxe, et pourtant il prônait le respect envers la diversité religieuse. Bien que j’aie toujours appartenu au mouvement réformé du judaïsme, le rabbin ne m’a jamais fait sentir ‘moins juif’ parce que nos points de vue différaient sur certains sujets. En effet, dans un article publié dans le journal The Globe and Mail peu après son décès, le rabbin écrivait « Je suis convaincu qu’une détente est possible et qu’il peut y avoir une véritable communication ».

Le rabbin Jonathan Sacks, ancien grand rabbin de Grande-Bretagne, a superbement exprimé le message que je souhaite transmettre après m’être rendu sur la tombe du rabbin Schecter. Dans son livre A Letter in the Scroll, le rabbin Sacks parle de son défunt père en écrivant « Ce livre est mon yizkor (hashkava), ma prière à sa mémoire. Car, quand les juifs se souviennent, ils le font pour l’avenir, là où, s’ils y sont fidèles, le passé ne meurt jamais. »

Traditionnellement, le montant de la porte d’un foyer juif comporte une mezuzah, une petite boîte en bois, en métal ou en plastique contenant un parchemin de texte religieux. Non seulement la mezuzah est-elle un symbole omniprésent de foi, mais il s’agit aussi d’une présence spirituelle réconfortante, et comme il a été si bien dit, « le rabbin Rabbi Schecter était la mezuzah de l’Hôpital général juif ».

Previous article

Une nouvelle ligne directrice recommande de ne pas procéder au dépistage systématique de l’hépatite C

Next article

Les cyclistes sont au 7e ciel en apprenant qu’ils ont recueilli 4,1 millions de dollars pour lutter contre le cancer

No Comment

Leave a comment