Le rôle des hormones sexuelles dans les maladies neurologiques mérite plus d’attention, selon un neurologue de l’HGJ
Les hormones sexuelles peuvent avoir une influence sur les migraines, l’épilepsie, les troubles du sommeil et plusieurs autres, selon le Dr Hyman Schipper
Un neurologue et chercheur chevronné de l’HGJ a fermement rappelé aux médecins de ne pas oublier le rôle crucial et souvent négligé que jouent les hormones sexuelles dans de nombreuses maladies neurologiques et troubles connexes, particulièrement chez les femmes.
En effet, selon le Dr Hyman Schipper, neurologue à l’HGJ et chercheur principal à l’Institut Lady Davis, les traitements d’une vaste gamme de maladies, notamment les migraines, les accidents vasculaires cérébraux, l’épilepsie, les troubles du sommeil, la maladie d’Alzheimer et même certains types de tumeurs cérébrales, pourraient mieux réussir si nous tenons compte de l’incidence des hormones sexuelles sur le cerveau de la personne.
Le Dr Schipper, qui est également professeur de Neurologie à l’université McGill, cite l’exemple d’une femme qui utilise la pilule contraceptive et qui développe ensuite de l’épilepsie. Selon toute vraisemblance, son neurologue ne penserait pas à lui demander si elle utilise la pilule, mais lui prescrirait plutôt des médicaments antiépileptiques conventionnels pour contrôler les crises. « Cependant, plusieurs médicaments antiépileptiques utilisés couramment incitent le foie à consommer les hormones de la pilule contraceptive, ce qui rend cette dernière inefficace », explique-t-il. « Il s’agit d’une information importante, parce que nous pouvons prescrire des médicaments antiépileptiques qui n’interagissent pas avec les hormones sexuelles. »
Le Dr Schipper ajoute que de nouvelles découvertes permettent également de préciser certaines conclusions antérieures, notamment au sujet de l’utilisation d’œstrogène dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. En effet, vers 2003, des recherches ont révélé que l’utilisation d’œstrogène à cette fin était néfaste pour les patient(e)s. Ainsi, les traitements hormonaux substitutifs ont été interrompus dans ces cas.
Cependant, plus récemment, des chercheurs et des épidémiologistes ont démontré qu’il y avait une autre possibilité : si l’œstrogène est administré au cours des premières années de la ménopause, les résultats du traitement de la maladie d’Alzheimer seront probablement positifs. Toutefois, l’état de la personne traitée s’aggravera assurément si le traitement hormonal substitutif est commencé plus de 10 ans après la ménopause.
Un accent sur les maladies neurologiques des femmes
Le Dr Schipper note qu’il parle principalement des patientes, puisque les hormones féminines (particulièrement l’œstrogène et la progestérone) ont une incidence plus importante sur les maladies des femmes que les hormones sexuelles masculines (surtout l’androgène) ont sur les maladies des hommes.
Cet état de fait, qui est attribuable aux fluctuations hormonales des femmes, lors des menstruations ou à l’approche de la ménopause, peut souvent être lié à des variations quotidiennes dans des maladies comme l’épilepsie ou la migraine, explique-t-il.
Cependant, « nous ne comprenons pas vraiment le rôle des androgènes dans les maladies neurologiques des hommes, puisque les androgènes ne subissent pas de changements cycliques, ce qui signifie qu’il est plus difficile d’établir un lien avec les maladies des hommes. »
Ses observations détaillées sont publiées dans la revue Brain Medicine, dans un article qu’il a rédigé pour célébrer le 100e anniversaire de l’un de ses mentors, le Dr Seymour Reichlin.
Le Dr Schipper, qui est devenu membre du personnel de l’HGJ en 1988, possède une expertise à la fois en neurologie et en endocrinologie, ce qui est rare. Il a obtenu un doctorat pour ses recherches sur les effets négatifs de l’œstrogène sur certaines parties du cerveau.
Il ajoute : « Je peux désormais utiliser les outils d’un endocrinologue pour traiter les symptômes neurologiques lorsqu’ils sont liés aux hormones. »
Son article vise à partager avec ses collègues neurologues les progrès les plus récents dans ces deux domaines qui coïncident, tout en leur faisant comprendre l’importance de tenir compte des effets des hormones sexuelles dans le traitement des maladies du cerveau.
« Mon article comprend les conclusions de nombreuses publications médicales que plusieurs neurologues pourraient ne pas connaître », souligne le Dr Schipper. « Ces renseignements peuvent être très utiles pour ces derniers et bénéfiques pour leurs patient(e)s, puisque les neurologues pourraient ne pas être au courant des avancées les plus récentes en matière de médecine reproductive. »
Étudier le potentiel des neurostéroïdes
Pour le Dr Schipper, la recherche au sujet des neurostéroïdes est l’un des domaines les plus intéressants à l’heure actuelle. Les neurostéroïdes sont des composés d’œstrogènes et de progestatifs, des hormones produites par le cerveau où elles sont actives. La progestérone, par exemple, est produite dans les ovaires, mais lorsqu’elle pénètre dans le cerveau, elle est convertie en une autre matière qui affecte le système nerveux différemment de la progestérone.
Les avantages possibles de toutes sortes de neurostéroïdes sont étudiés actuellement. Par exemple, un composé appelé ganaxolone (un neurostéroïde dérivé de la progestérone) a « des effets antiépileptiques impressionnants, mais sans les effets féminisants des hormones féminines », ce qui est prometteur pour le traitement de l’épilepsie résistant aux médicaments, particulièrement chez les enfants.
Le lien entre la maladie d’Alzheimer et l’œstrogène est étudié depuis 30 ans, mais ce n’est qu’au cours des dernières années que les neuroscientifiques se penchent de plus près sur le lien entre cette maladie et les neurostéroïdes.
« Il y a également un intérêt croissant envers le lien entre les neurostéroïdes et d’autres troubles moteurs, notamment la maladie de Parkinson », note-t-il. « C’est la raison pour laquelle tant d’efforts sont déployés pour tenter de manipuler non seulement les hormones originales, mais les neurostéroïdes qui sont dérivés de ces composés. »
« Cela nous montre que d’autres recherches sont essentielles, plus particulièrement en ce qui concerne les neurostéroïdes. Nous connaissons leur existence depuis relativement peu de temps, mais ils ont le potentiel d’ouvrir un tout nouveau chapitre pour comprendre la manière dont les hormones peuvent avoir une incidence sur la fonction neuronale dans la santé et la maladie. »



