Articles vedettesMars 2022

Le traumatisme de la COVID-19 : un patient qui avait été inconscient pendant 17 jours n’était pas convaincu d’être en vie

Une publication rassemble des récits dramatiques au sujet des soins prodigués à l’HGJ

Voici ce qui a finalement convaincu Brian Glazer qu’il était vivant après avoir été inconscient pendant 17 jours dans une salle d’isolement en raison de la COVID-19 : il a fait défiler les notices nécrologiques d’une maison funéraire locale sur son téléphone cellulaire jusqu’à ce qu’il soit certain que son nom n’y figurait pas.

« J’étais conscient, mais j’étais certain d’être mort », se souvient aujourd’hui Monsieur Glazer, dont la voix passe d’un rire étonné à un murmure solennel quand il évoque son expérience traumatique d’avril 2020, à l’âge de 73 ans.

« Ce qui m’effraie, c’est que j’ai accepté aussi facilement cette situation, mais elle semblait tellement vraisemblable à ce moment-là. Après tout, lorsque je me suis réveillé, une créature d’un autre monde, vêtue d’un casque et de lunettes de protection, était penchée au-dessus de moi », dit-il avec un petit sourire, en se souvenant de sa première impression alarmante d’une infirmière qui portait un écran facial et de lourds vêtements de protection de la tête aux pieds.

La page couverture de la du Comité d’humanisation des soins à l’HGJ publication Récits de la COVID : un hommage aux travailleurs de la santé par les voix de ceux qui leur sont les plus reconnaissants. (Cliquez sur la photo pour l’agrandir)

La page couverture de la du Comité d’humanisation des soins à l’HGJ publication Récits de la COVID : un hommage aux travailleurs de la santé par les voix de ceux qui leur sont les plus reconnaissants. (Cliquez sur la photo pour l’agrandir)

« Tout était tellement embrouillé, et je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas remuer ni mes bras ni mes jambes. J’étais dans une pièce entourée de verre, et je voyais des personnes aller et venir, entrer et sortir, comme dans la chanson Hotel California. Et, une phrase de cette chanson me tournait dans la tête : « Ce pourrait être le paradis ou ce pourrait être l’enfer » (This could be heaven or this could this hell).

« J’ai demandé à l’infirmière si j’étais réellement vivant, et elle m’a répondu ‘Oui, vous l’êtes’. » « Mais, elle ne m’avait pas convaincu. Je me suis dit, ‘J’étais un bon gars de mon vivant, mais peut-être pas le plus formidable. Alors, c’est peut-être la punition de Dieu’ ».

Pendant le reste de la journée et toute la nuit, Monsieur Glazer est resté immobile et craintif dans son lit, refusant de fermer les yeux. Le lendemain, il s’est soudainement souvenu qu’il avait apporté son téléphone cellulaire à l’Hôpital, et il a demandé qu’on le lui apporte.

À ce stade, l’un de ses bras avait retrouvé une certaine mobilité, et il était temps de passer à l’épreuve décisive : « Je me suis penché sur mon téléphone et j’ai tapé Paperman [Maison funéraire Paperman & Fils], et j’ai cherché mon nom dans les notices nécrologiques. C’est seulement lorsque je ne l’ai pas vu que j’ai finalement su que j’étais vivant. »

Récits de survivants

La nature étonnante de l’épreuve de Monsieur Glazer, ainsi que son point de vue parfois sombrement humoristique, et ses éloges enthousiastes envers les membres du personnel de l’HGJ, sont les raisons pour lesquelles son récit a été retenu pour la nouvelle publication du Comité d’humanisation des soins.

Outre aider à améliorer les aspects personnels et émotionnels des soins hospitaliers, le Comité attire également l’attention sur les différentes facettes de l’expérience du patient, y compris ceux qui doivent être améliorés, ainsi que sur le rôle joué par les membres du personnel dans la prestation des soins.

C’est ce qui a donné lieu, à la mi-mars, à la publication des Récits de la COVID : un hommage aux travailleurs de la santé par les voix de ceux qui leur sont les plus reconnaissants du Comité, dont le lancement coïncide avec le deuxième anniversaire du premier confinement causé par la COVID-19, à Montréal et partout au Québec.  

Un document PDF de la publication est disponible en ligne (en anglais seulement). Les membres du public peuvent également consulter une copie papier (mais ne peuvent pas l’emprunter) à la Bibliothèque des sciences de la santé, au deuxième étage du pavillon A, à l’HGJ.

« Ils sont tous des anges, les médecins, les infirmières, les PAB, tous. Ils étaient là pour moi 24 heures sur 24. »

Réunis dans le mince document de 23 pages, les récits de quatre survivants, ainsi que les souvenirs de trois femmes dont le père âgé de 80 ans est décédé des suites du virus. Les narrateurs parlent non seulement de la manière dont ils ont été touchés par la COVID-19, mais aussi des efforts vitaux et louables des membres du personnel de l’HGJ pendant une période de stress important et d’incertitude.

Pour Monsieur Glazer, les personnes qui l’ont soigné sont « tous des anges, les médecins, les infirmières, les PAB, tous. Ils étaient là pour moi 24 heures sur 24. Les soins ont été exceptionnels pendant toute la durée de mon séjour. »

Monsieur Glazer a séjourné un peu moins d’un mois à l’Hôpital, du 2 avril au 5 mai, et il a obtenu son congé seulement après avoir prouvé à un physiothérapeute qu’il avait retrouvé suffisamment de force et de contrôle pour marcher dans les couloirs de l’Hôpital et utiliser les toilettes sans aide.

À son arrivée en ambulance au Département de l’urgence, le médecin qui a examiné Monsieur Glazer lui a dit qu’il serait admis en observation pour la nuit, et une civière lui a été attribuée en attendant qu’un lit se libère.

Mais, il s’est endormi immédiatement après s’être allongé dans la civière, et il est resté inconscient pendant les 17 jours suivants.

C’est la raison pour laquelle, lorsque Monsieur Glazer s’est finalement réveillé, il avait l’impression d’avoir dormi tout au plus pendant une journée. Il a été choqué d’apprendre que la semaine de la Pâque juive, qui dans son esprit devait commencer prochainement, était déjà terminée, que les huit jours pendant lesquels cette fête est célébrée avaient déjà eu lieu.

Des miracles au milieu de la douleur

Malgré cela, il considère que tout ce qui s’est passé à l’HGJ est extraordinaire. À son réveil, ses reins ne fonctionnaient pas correctement et il a dû commencer des traitements de dialyse, sans savoir combien de temps ces soins seraient nécessaires; il pouvait s’agir d’une situation permanente.

« Mais, après seulement une semaine de traitements de dialyse, un autre miracle s’est produit », dit-il. « Ils m’ont dit : ‘vos reins ont recommencé à fonctionner’. Juste comme ça! Croyez-moi, j’étais profondément reconnaissant et je le suis encore ».

Aujourd’hui, Monsieur Glazer est en bonne santé, malgré certaines difficultés qu’il décrit comme gênantes, mais gérables. « Le réveil me hante encore, toutefois. Je m’endors assez facilement, mais quand je me réveille, il vaut mieux que je sache immédiatement où je suis, sinon je commence à paniquer. »

Quelques-unes des personnes qui ont collaboré à la publication des Récits de la COVID (de gauche à droite et du haut à gauche) Rebecca Kaufer, coordinatrice administrative du Comité d’humanisation des soins à l’HGJ; Lois Kamenitz, Ph. D., l’une des bénévoles du Comité; Krystle North, conseillère cadre, qualité, gestion des risques et expérience usager au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal; et, Neomi Kronish, Ph. D., l’une des bénévoles du Comité. Cliquez sur la photo pour l’agrandir)

Quelques-unes des personnes qui ont collaboré à la publication des Récits de la COVID (de gauche à droite et du haut à gauche) Rebecca Kaufer, coordinatrice administrative du Comité d’humanisation des soins à l’HGJ; Lois Kamenitz, Ph. D., l’une des bénévoles du Comité; Krystle North, conseillère cadre, qualité, gestion des risques et expérience usager au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal; et, Neomi Kronish, Ph. D., l’une des bénévoles du Comité. Cliquez sur la photo pour l’agrandir)

C’est ce genre d’expérience que Neomi Kronish, Ph. D., l’une des bénévoles au sein du Comité d’humanisation des soins à l’HGJ, espérait publier dans les Récits de la COVID. Madame Kronish elle-même a connu des problèmes médicaux importants, en 2011, et elle se souvient qu’elle en a « parlé par la suite avec toutes les personnes que je rencontrais dans l’espoir que cela m’aiderait à soulager la douleur émotionnelle résiduelle que j’éprouvais encore ».

Par conséquent, lorsque la pandémie a frappé, Madame Kronish a consulté ses collègues du Comité en se disant que les patients qui s’étaient rétablis de la COVID-19 seraient peut-être reconnaissants d’avoir eux aussi la possibilité de partager leurs récits et de remercier publiquement les membres du personnel de l’Hôpital.

Bien que le nombre de récits soit relativement faible, chacun d’eux est remarquable à sa manière, explique Rebecca Kaufer, la coordinatrice administrative du Comité. « Une femme nous a raconté que comme les visites aux patients étaient interdites pendant son hospitalisation, elle en était arrivée à considérer les membres du personnel de l’Hôpital comme sa propre petite famille. Ce récit a vraiment eu un écho en moi. »

Krystle North, conseillère cadre, qualité, gestion des risques et expérience usager au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, a été touchée en constatant que « peu importe le temps qui s’était écoulé depuis leur congé, les patients étaient encore très émotifs en parlant de ce qui leur était arrivé. Ils ont tous pleuré à un moment ou à un autre en partageant leur récit, ce qui m’indique à quel point cette expérience a été marquante. »

Lois Kamenitz, Ph. D., l’une des bénévoles au sein du Comité, a quant à elle été impressionnée par « le courage incroyable dont ces personnes ont fait preuve. Nous ne nous arrêtons pas habituellement à y penser, mais quand une personne est aussi malade, il faut faire preuve d’un réel courage pour décider de vivre. Je suis certaine que ces personnes vont revivre ces événements pendant très longtemps. »

Madame North espère également que les récits seront lus, et qu’ils toucheront ceux qui ne se sont pas fait vacciner entièrement. « Lorsqu’ils liront ce que ces personnes extraordinaires ont vécu, ce sera peut-être le dernier coup de pouce dont ils avaient besoin pour se dire ‘Vous savez quoi? Je vais me faire vacciner’. »

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