Octobre 2017Pleins feux

L’engagement envers les patients a aidé le Service de pédopsychiatrie à franchir les décennies

Il y a un demi-siècle, à une époque où tout était plus simple, une sollicitation informelle suffisait pour lancer le projet de ce qui deviendrait l’un des premiers établissements à Montréal, voire au Canada, à prodiguer des soins aux enfants ayant des difficultés mentales et émotionnelles.

Cet automne, le Programme de pédopsychiatrie de l’HGJ célèbre le 50e anniversaire de son lancement : les premières années historiques, ainsi que nombre de réalisations récentes, sont de nouveau à l’honneur.

Il y a un contraste considérable entre les premières années et aujourd’hui, où les enfants sont soignés dans le pavillon Ruth et Saul Kaplan, spacieux, lumineux et spécialement aménagé, qui abrite le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale de l’HGJ.

Par contre, les principes fondamentaux de la démarche de traitement novatrice du Centre n’ont pas changé. Ils engagent non seulement la participation de l’enfant, mais aussi la collaboration des parents, des enseignants, des thérapeutes, des infirmières et des autres professionnels de la santé, qui est l’approche distinctive de la pédopsychiatrie à l’HGJ.

En 1960, une étape préliminaire avait ouvert la voie au lancement du Programme de pédopsychiatrie, soit la création de la Division de psychiatrie familiale et de l’enfant, le premier Programme de thérapie familiale à Montréal.

Son fondateur, le Dr Nathan Epstein, avait été nommé chef du Service de psychiatrie quelques années auparavant, et il tenait à participer aux percées et à l’avancement qui ont marqué cette époque notoire dans le domaine de la psychiatrie à Montréal.

Très rapidement, le Dr Epstein a compris tout ce qui pouvait être accompli par le biais d’un Programme orienté principalement sur les enfants. Il s’est donc tourné vers un jeune médecin qui effectuait sa deuxième année de résidence en psychiatrie, le Dr Ronald Feldman, et lui a offert de diriger le Programme de pédopsychiatrie de l’HGJ à la fin de ses années de résidence.

Le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale du pavillon Ruth et Saul Kaplan.

Le Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale
du pavillon Ruth et Saul Kaplan.

« Nate a été un excellent professeur, et je suppose qu’il voyait un certain potentiel en moi, mais je ne m’attendais pas à une telle offre », se souvient le Dr Feldman, qui est maintenant retraitée après une longue et brillante carrière à l’HGJ. Il restait toutefois un obstacle à surmonter : même si le Dr Feldman possédait deux années de formation en thérapie familiale, il n’avait aucune expérience auprès des enfants.

« J’ai souligné cette lacune à Nate et il m’a répondu « pas de problème », dit le Dr Feldman, avant d’ajouter en riant « tout était beaucoup moins compliqué à cette époque ». Pour résoudre ce problème, le Dr Epstein a proposé au Dr Feldman de suivre une formation en pédopsychiatrie à l’Institut Allan Memorial (IAM) de Montréal, et le sort en a été jeté. (Après sa formation à l’IAM, le Dr Feldman a complété sa formation à l’Hôpital pour enfants de Montréal.)

Le Dr Nathan Epstein, fondateur de la Division de psychiatrie familiale et de l’enfant

Le Dr Nathan Epstein, fondateur de la Division de psychiatrie familiale et de l’enfant

« Il envisageait un Programme exhaustif, comprenant une Unité de patients hospitalisés, un hôpital de jour et des services de consultations externes. De plus, nous voulions tous deux conférer une vocation familiale solide au Programme, puisqu’à cette époque les médecins avaient tendance à soigner les enfants loin de leur famille, avec très peu de participation de la famille. »

Et, c’est ainsi que le Programme de pédopsychiatrie de l’HGJ a été lancé, dans un local du quatrième étage de la nouvelle aile nord-est. Sous la direction du Dr Feldman, le directeur fondateur, le Programme historique a mené à l’ouverture de la première Unité pédopsychiatrique pour les enfants hospitalisés au sein d’un hôpital général au Canada.

Le budget du Programme était très restreint, mais le Dr Feldman dit que lui-même et les autres membres du personnel médical éprouvaient un engagement tellement profond envers le Programme qu’ils donnaient tous volontiers une journée de bénévolat par semaine à l’Hôpital, une pratique qui s’est maintenue pendant plusieurs années.

Le Dr Ronald Feldman, directeur fondateur du Programme de pédopsychiatrie de l’HGJ se repose chez lui.

Le Dr Ronald Feldman, directeur fondateur du Programme de pédopsychiatrie de l’HGJ se repose chez lui.

Très rapidement, la démarche axée sur la famille du Programme a réalisé son plein potentiel et obtenu l’appui inconditionnel des chefs de cliniques, y compris du Dr Henry Kravitz, qui a succédé au Dr Epstein comme chef du Service de psychiatrie, en 1967, et des directeurs généraux de l’Hôpital, le Dr William Slatkoff (qui a été en poste de 1968 à 1975) et M. Archie Deskin (1975 à 1991).

« Sans leur appui, je n’aurais pas réussi à convaincre le gouvernement de nous permettre d’implanter les changements nécessaires au cours des années, tout en maintenant le budget qui nous était accordé et en gardant notre personnel », précise Dr Feldman. « Et, le personnel était un élément clé, parce qu’il s’agissait absolument des meilleurs parmi les meilleurs. »

La fermeture de l’Unité des patients hospitalisés a été l’un des premiers changements à être implantés, après l’approbation du gouvernement et des administrateurs de l’HGJ. Le Dr Feldman voulait optimiser l’efficacité des fonds, en agrandissant l’hôpital de jour et l’école afin de mieux tirer parti du personnel et des ressources connexes.

« Grâce à ce changement, nous avons été en mesure de soigner plus de deux fois plus d’enfants, tout en continuant à combler les besoins de ceux à qui nous devions accorder une attention accrue, particulièrement les enfants ayant des troubles du spectre de l’autisme. »

Sandra Feldman, une travailleuse sociale psychiatrique, est également la femme du Dr Feldman, sa collègue professionnelle et sa conseillère de confiance depuis les premiers jours. Elle se souvient de « l’exaltation qui régnait au sein du groupe, parce que nous sentions tous que nous participions à quelque chose d’extraordinaire. Dans une large mesure, cela provenait de la personnalité de Ron. Il laissait des employés qui n’étaient pas nécessairement des médecins prendre les choses en main, ce qui ne se serait jamais produit ailleurs. »

« Pour moi, les titres professionnels de mes collègues étaient moins importants que leurs capacités professionnelles. Il régnait un sentiment d’évolution soutenue, et c’est la raison pour laquelle nous sommes devenus un centre de formation très prisé. »

« Pour moi, les titres professionnels de mes collègues étaient moins importants que leurs capacités professionnelles », explique le Dr Feldman. « Il régnait un sentiment d’évolution soutenue, et c’est la raison pour laquelle nous sommes devenus un centre de formation très prisé. »

« Nous étions aussi très proches les uns des autres, et nous nous amusions. En cas de désaccord, nous trouvions toujours une manière de nous entendre, parce que nous respections nos points de vue respectifs, et chacun le savait. C’était une époque de créativité, et l’effervescence était à son comble. »

Peu de temps avant que le Dr Feldman passe le flambeau au Dr Martin Solomon, en 1977, une jeune nouvelle recrue, la Dre Jaswant Guzder, s’est jointe à l’équipe du Service de pédopsychiatrie. Par la suite, en 2004, c’est elle qui a succédé au Dr Solomon à titre de directrice de l’hôpital de jour des troubles de l’enfance à l’HGJ, jusqu’à ce qu’elle prenne sa retraite, l’été dernier.

La Dre Guzder dit qu’elle a été particulièrement impressionnée par la manière dont l’HGJ a établi des services psychiatriques complémentaires pour les personnes de tout âge au cours des années. Même si le Programme de pédopsychiatrie reçoit seulement des patients jusqu’à ce qu’ils aient 15 ans, le personnel des services à la jeunesse de l’Hôpital prend la relève et peut les aider jusqu’à l’âge de 22 ans.

Rosemary Short, infirmière-chef du Service de pédopsychiatrie, de 1990 à 2017.

Rosemary Short, infirmière-chef du Service de pédopsychiatrie, de 1990 à 2017.

« Forger des liens entre la pédopsychiatrie et les services aux adultes a été un travail de longue haleine », ajoute la Dre Guzder. « La logique veut que nous intervenions pendant toute la durée de la vie. Nous ne devrions pas dissocier les connaissances acquises sur les vulnérabilités des enfants et de leur vulnérabilité pendant le reste de leur vie. C’est la raison pour laquelle le système de démarche familiale que nous préconisons est tellement précieux. »

Ce sont également ces principes et ces pratiques qui ont conquis Rosemary Short. Entrée au service de l’HGJ comme infirmière, en 1983, elle a été mutée au Programme de pédopsychiatrie, en 1989, et promue infirmière-chef au sein de ce Programme, en 1990, poste qu’elle a occupé jusqu’à sa retraite, en juillet.

Un travail considérable a été accompli pour une multitude d’enfants en détresse, de dire madame Short, malgré l’insuffisance de fonds chronique et des locaux tout juste adéquats pendant plusieurs années. L’un des problèmes majeurs était l’éparpillement des différentes Unités de la pédopsychiatrie un peu partout dans l’Hôpital et dans deux écoles à l’extérieur de l’établissement.

Nombre de traitements prodigués à l’HGJ avaient lieu dans différents endroits, y compris au quatrième étage du pavillon A, où étaient situées les chambres et les salles de cours de l’école des infirmières de l’HGJ.

Les installations du Service de pédopsychiatrie avant l’inauguration du pavillon Ruth et Saul Kaplan, en 2010.

Les installations du Service de pédopsychiatrie avant l’inauguration du pavillon Ruth et Saul Kaplan, en 2010.

Un autre problème majeur, se souvient madame Short en soupirant, était les pièces exiguës et le manque d’espace pour tout. « Lors des séances de thérapie familiale, nous devions entasser cinq ou six personnes avec nous dans la même pièce, et nous étions toujours les uns sur les autres. »

« Cela signifiait aussi que les professionnels n’avaient pas leur propre bureau. Parfois, quatre ou cinq personnes devaient partager le même bureau, et les négociations allaient bon train. Par exemple, les membres du personnel devaient décider quand leurs collègues verraient une famille et s’ils pouvaient malgré tout effectuer leurs appels téléphoniques. La question était toujours la même ‘Comment est-ce que je peux accomplir mon travail? Je n’ai pas de place pour m’asseoir et travailler’. »

« Et puis, il y avait les problèmes relatifs à la confidentialité et à l’interruption des séances de thérapie familiale. Si un membre du personnel oubliait son manteau ou autre chose dans un bureau partagé avec un collègue, il ne pouvait pas frapper à la porte et interrompre la séance. Il devait attendre jusqu’à ce qu’elle prenne fin. »

Madame Short se souvient aussi, avec une grande fierté, du rôle crucial joué par le personnel dans les campagnes de financement continuellement en cours pour suppléer leur maigre budget. Par exemple dit-elle, 500 $ pouvaient être attribués à des activités pour lesquelles 30 000 $ d’intervention et d’équipement thérapeutique étaient réellement requis, « alors, nous avons dû très rapidement faire preuve d’un esprit entrepreneurial, en organisant des ventes de pâtisseries, des ventes de charité et des événements cinéma ».

Sur une note plus positive, la réussite de ces projets de pédopsychiatrie a attiré l’attention de la Fondation de l’HGJ, et les dirigeants de cet organisme étaient plus enclins à appuyer un Service dont les employés faisaient preuve d’un engagement tellement profond envers leurs patients qu’ils n’hésitaient pas à prendre les moyens nécessaires de leur propre chef pour recueillir des fonds.

« Nous avons adopté la position que si le gouvernement envisageait de fermer le Service, nous devions nous assurer d’exceller dans tout ce que nous faisions. Et, c’est ce qui nous motivait, nous devions toujours aller au-delà des attentes».

De plus, très rapidement, madame Short et plusieurs de ses collègues ont commencé à collaborer plus en plus activement à différents comités de l’Hôpital, à l’extérieur de leur Service. « Nous sommes tous devenus des ambassadeurs de notre Service, des voix qui expliquaient qui nous étions et ce que notre Service accomplissait. »

Ces activités se sont avérées inestimables lors des nombreuses tentatives du gouvernement qui espérait réduire les dépenses en fermant le Service de pédopsychiatrie. Mais, les membres du personnel possédaient tellement d’expérience de ce qu’il fallait faire pour assurer la survie de leur Programme, qu’ils n’hésitaient pas à être les porte-paroles de leurs patients.

« Nous avons adopté la position que si le gouvernement envisageait de fermer le Service, nous devions nous assurer d’exceller dans tout ce que nous faisions », ajoute madame Short. « Et, c’est ce qui nous motivait, nous devions toujours aller au-delà des attentes.

Sachant qu’un ‘foyer’ était requis depuis longtemps pour le Service de pédopsychiatrie, en 2005, la Dre Guzder et madame Short ont commencé à préparer la proposition qui a éventuellement mené à la construction du pavillon Ruth et Saul Kaplan, sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine.

Inauguré en 2010, le nouvel édifice offre non seulement aux enfants une ambiance plus propice aux traitements, mais il centralise aussi tous les éléments du Centre de développement de l’enfance et de la santé mentale.

« C’est ce qui est au cœur de ce que j’ai accompli ici : réunir tous les éléments du Service sous un même toit », dit la Dre Guzder. « Et, c’est ce qui parachève et cimente la fusion de nos services de recherches et de notre modèle de thérapie familiale, qui, selon moi, est l’un des meilleurs au pays. »

« Nous voyons le fruit de nos efforts », acquiesce madame Short, « et nous avons réalisé et même dépassé tous les objectifs que nous nous étions fixés. »

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