L’IA est prête à jouer un rôle accru dans l’aide aux cliniciens et la prédiction des besoins de santé fluctuants
AI Scribe, un outil numérique conçu pour aider les médecins à prendre des notes et à résumer efficacement leurs consultations, est actuellement mis à l’essai sur le terrain par des médecins du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal dans le cadre d’une initiative visant à élargir l’utilisation de l’IA.
En plus de cette phase exploratoire menée auprès de dix médecins, le CIUSSS souhaite déterminer où, quand et à quel rythme développer l’intégration de l’IA pour améliorer l’accès aux soins et leur qualité.
À cette fin, le professeur Maxime Cohen, un expert canadien de premier plan en IA, a été nommé chef de la stratégie en intelligence artificielle du CIUSSS à titre de consultant à temps partiel.
Fort de plus de quinze ans d’expérience dans le domaine, le professeur Cohen est titulaire d’un doctorat du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et d’une chaire Scale AI à l’Université McGill.
En décembre, il a commencé à aider le réseau de santé à élaborer une stratégie d’IA uniforme, à définir des priorités pour l’intégration des outils d’IA, à identifier des partenaires prometteurs dans le secteur des technologies et à cerner les risques et les écueils relatifs à cette transformation.
D’après le Dr Lawrence Rosenberg, président-directeur général du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, cette nomination fait du CIUSSS l’un des rares organismes de santé canadiens à collaborer étroitement avec un spécialiste de l’IA.
« Le professeur Cohen est notre éclaireur en IA, explique le Dr Rosenberg. Il va explorer de nouveaux horizons et nous proposer des orientations. Notre règle absolue : tout outil d’IA à l’étude devra contribuer directement à améliorer la qualité des soins. »
L’IA n’est pas chose nouvelle pour le CIUSSS, mais son utilisation est restée limitée jusqu’ici. Par exemple, pendant la pandémie, un programme d’IA a été alimenté par des données démographiques sur les cas avérés de COVID-19 traités dans le réseau.
Cet outil a ainsi pu prédire les quartiers et parfois même les pâtés de maisons à risque élevé de propagation.
Répondre au fort engouement pour l’IA
D’après le professeur Cohen, en raison du récent pic d’intérêt pour les solutions d’IA comme ChatGPT, un nombre croissant de personnes – y compris dans le secteur de la santé – se demande naturellement comment ces outils pourraient être utilisés concrètement.
L’objectif à court terme du professeur Cohen est d’aider le CIUSSS à se concentrer sur des « victoires faciles », c’est-à-dire réaliser deux ou trois projets de taille modérée, relativement faciles et rapides, pour démontrer la valeur de l’IA et l’envergure de ses retombées positives.
AI Scribe en est un bon exemple. Pour beaucoup de médecins (sinon pour tous), prendre des notes sur les consultations et les résumer est une corvée particulièrement pénible. De fait, selon le professeur Cohen, c’est l’un des principaux facteurs de stress et d’épuisement professionnel chez les clinicien(ne)s.
Pour alléger ce fardeau, certain(e)s font appel à des personnes chargées de prendre des notes pendant les consultations et de préparer des résumés, que le(la) médecin examine ensuite pour approbation avant de les consigner dans les dossiers médicaux.
D’après le professeur Cohen, l’IA fait le même travail, mais beaucoup plus vite, et souvent avec moins d’erreurs. Ces outils enregistrent ce qui se dit pendant la consultation tout en préservant de manière rigoureuse la confidentialité des données.
Ensuite, ils génèrent automatiquement un résumé des notes de consultation, que le(la) médecin peut réviser (au besoin) et approuver.
Dans un article qu’il a corédigé (en anglais seulement) sur le sujet l’année dernière, le professeur Cohen conclut : « En automatisant cette tâche, les scribes médicaux propulsés par l’IA peuvent radicalement réduire le temps que passent les clinicien(ne)s sur la documentation, permettant à ces dernier(ère)s d’allouer ce temps à ce qu’ils(elles) font le mieux : voir des patient(e)s et poser des diagnostics. »
Élaborer des lignes directrices et des politiques claires
Le professeur Cohen aidera également le CIUSSS à élaborer des lignes directrices et des politiques claires sur la manière dont l’IA doit ou ne doit pas être utilisée. Comme la confidentialité et la sécurité des données de la patientèle sont au cœur de cette initiative, il collabore étroitement avec la direction des TI et celle des Affaires juridiques.
Plus largement, il sera sous la responsabilité du Dr Rosenberg et travaillera avec Justin Cross, directeur de la Santé numérique; Elliott Silverman, directeur adjoint de la Santé numérique; Dr Lawrence Rudski, directeur médical des Soins virtuels; et Erin Cook, directrice de la Qualité, Transformation, Évaluation, Valeur, Éthique clinique et organisationnelle, et Soins virtuels.
À plus long terme, le professeur Cohen estime que l’IA détient un potentiel colossal dans la simplification des processus, l’amélioration de la qualité, l’efficience et la productivité dans divers aspects de la santé. En voici quelques exemples :
- Prédictions : Comme la pandémie l’a démontré, si on alimente un outil d’IA avec des données de qualité, celui-ci peut prédire différents résultats avec précision, par exemple le nombre de personnes qui se présenteront aux urgences à un moment donné, ou qui ne se présenteront pas à leur rendez-vous dans tel ou tel service.
- Planification des horaires : L’IA peut nous aider à déployer efficacement différentes catégories d’employé(e)s en fonction des besoins de la journée.
- Suggestion de diagnostic : Les médecins ont toujours le dernier mot en ce qui concerne les diagnostics, mais l’IA peut les aider en examinant les données médicales et en proposant un diagnostic possible, avec explications à l’appui. Même si le(la) médecin choisit de rejeter certaines suggestions, l’IA peut s’entraîner pour améliorer sa précision et sa fiabilité. L’IA peut même présenter un questionnaire personnalisé au(à la) patient(e) et générer un résumé que le(la) médecin pourra consulter en préparation de la consultation.
« Le plus important, avertit le professeur Cohen, c’est la sécurité. Il faut prendre toutes les mesures possibles. Ce faisant, nous pourrons suivre un plan rigoureusement structuré, adapté aux besoins immédiats des usager(ère)s des services sociaux et de santé du CIUSSS.
Parallèlement, nous devons déterminer les cas d’utilisation les plus bénéfiques et les plus rentables. Nous ne pouvons pas ignorer l’IA si nous voulons jouer un rôle de premier plan dans la nouvelle ère des soins de santé. »



