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Un projet de recherche porteur d’espoir dans la lutte contre les démences

L’Institut Lady Davis est le siège d’un réseau pancanadien

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce n’est que depuis le début des années 1980 que la maladie d’Alzheimer et les démences connexes sont reconnues comme un problème autre qu’une manifestation normale du vieillissement. Ainsi, il n’y a pas si longtemps, ces maladies n’étaient pas considérées comme des priorités en matière de traitements ou de politiques publiques. Toutefois, le nombre et la proportion des personnes âgées au sein de la population ont augmenté considérablement, et le total des personnes ayant reçu un diagnostic d’une maladie neurodégénérative a monté en flèche.

En 2011, on estimait à 747 000 le nombre de Canadiens vivant avec la maladie d’Alzheimer ou une autre démence. Selon les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), d’ici à 2031, quelque 1,4 million de Canadiens seront atteints de démence, et il en coûtera environ 300 milliards de dollars par année à l’économie canadienne.

Maintenant que nous avons une meilleure idée de l’impact et des incidences de ces maladies, l’IRSC, en collaboration avec un réseau de partenaires des secteurs public et privé, ont créé un réseau pancanadien de chercheurs — dont le siège est à l’Institut Lady Davis de l’HGJ — pour faire face au problème de la démence et des maladies connexes, comme la maladie d’Alzheimer.

Le Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement (CCNV) est dirigé par le Dr Howard Chertkow, directeur scientifique (voir l’encadré), cofondateur et directeur de la Clinique de la mémoire McGill/HGJ, l’installation la plus importante du genre au Canada. L’automne dernier, lors d’une conférence de presse à l’HGJ, Rona Ambrose, ministre fédérale de la Santé, a annoncé la formation de ce réseau national de 340 scientifiques, répartis dans 20 équipes de recherche. Sa création vise à prévenir ou à retarder la survenue de la démence et des maladies connexes, et à améliorer la vie des personnes malades et de leurs soignants.

Le Consortium recevra 31,5 M$ sur cinq ans des IRSC et d’un groupe de 13 partenaires des secteurs public et privé, dont la Société Alzheimer du Canada et le Fonds de recherche du Québec – Santé.

« Compte tenu du bilan des souffrances causées par la maladie d’Alzheimer, de l’énorme coût des soins de ceux qui en souffrent et du fardeau des aidants, nous devons absolument développer une stratégie nationale pour nous attaquer à tous les aspects de la maladie », indique le Dr Chertkow.

« Au Canada, nous avons la chance d’avoir des capacités phénoménales en matière de recherche sur les démences, et nous pouvons tirer parti de ce grand avantage en mettant en place une structure nationale de recherche. En plus de rapprocher les gens et de favoriser la collaboration en évitant le double emploi, ce consortium offre des ressources qui permettent aux personnes les plus compétentes de donner un meilleur rendement. »

Le soutien du secteur privé joue un rôle essentiel

La Fondation de l’HGJ a entrepris une campagne de financement majeure pour appuyer la Clinique de la mémoire Anna et Louis Goldfarb HGJ/McGill et son Programme de la maladie d’Alzheimer et de la démence (PMAD). La Clinique de la mémoire fournit une expertise mondialement reconnue dans le diagnostic précoce et dans le traitement des troubles de la mémoire et de la démence.

En partenariat avec le Centre Bloomfield de recherche sur le vieillissement à l’Institut Lady Davis, la clinique se situe à l’avant-garde de la recherche visant à mieux comprendre la maladie d’Alzheimer, ses causes, les facteurs de prédisposition à la maladie et sa prévention. Comme le budget d’exploitation alloué aux hôpitaux par le gouvernement n’inclut pas le financement de la Clinique de la mémoire ou de la recherche sur l’Alzheimer, ces derniers reposent presque uniquement sur le soutien du secteur privé et sur celui d’organismes de financement externes.

Les particuliers, les sociétés et les fondations peuvent soutenir le travail du Dr Howard Chertkow et de ses collègues et contribuer à faire progresser la lutte contre certains des maladies les plus invalidantes chez les personnes d’âge avancé, en orientant leurs dons vers l’Axe de recherche sur le vieillissement à l’Institut Lady Davis de l’HGJ.

Pour de plus amples renseignements ou pour faire un don, visitez la Fondation de l’HGJ ou téléphonez à la Fondation au 514 340-8251.

Comme l’indiquait Mme Ambrose à l’HGJ l’an dernier, le Consortium « permettra d’accélérer la recherche novatrice et collaborative pour faire une différence dans la qualité de vie des Canadiens touchés par ces maladies et dans celle des services offerts dans l’espoir de découvrir, d’ici 2025, un moyen de les guérir. »

« D’énormes progrès ont été réalisés, mais les défis demeurent considérables, ajoute le Dr Alain Beaudet, président des IRSC. À mesure que s’accroît la longévité de la population, on constate une augmentation des cas de démence. Malheureusement, notre connaissance du cerveau et de la façon de prévenir son dysfonctionnement en est encore à ses balbutiements. »

Le cerveau est, sans contredit, l’organe le plus complexe du corps humain ainsi que le plus inaccessible et le plus difficile à tester. Bien que 170 molécules aient fait l’objet d’une évaluation comme traitement potentiel de la démence, seules quatre d’entre elles sont sur le marché — et elles servent uniquement à améliorer les symptômes sans pouvoir stopper la maladie.

« Jusqu’à tout récemment, indique le Dr Chertkow, la recherche sur la démence se trouvait dans une situation très similaire à celle du diabète au XVIIIe siècle. À cette époque, la méthode la plus précise qu’avait le médecin de mesurer le taux de glucose dans le sang était de mettre sur sa langue une goutte d’urine du patient pour voir si elle était sucrée. »

« Mais même s’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir, poursuit-il, nous sommes convaincus que nous pouvons faire d’importants progrès en mettant en commun l’expertise actuellement disponible. Avec des fonds suffisants et des personnes qui travaillent en synergie, nous pourrons découvrir de nouvelles molécules et de nouvelles approches thérapeutiques. Outre la médication, notre travail portera sur la prévention et sur le changement de mode de vie. Nous espérons que, d’ici cinq à dix ans, nos résultats se traduiront par des progrès au pouvoir transformateur. »

Selon le Dr Chertkow, le CCNV mène sa recherche autour de trois thèmes complémentaires :

  • Prévention : Étudier l’impact de la nutrition, de l’exercice et d’autres facteurs du style de vie d’une personne susceptible de développer une forme de démence. « Ces problèmes sont complexes et exigent le suivi des sujets pendant de longues périodes. Mais ces pistes de recherche pourraient s’avérer parmi les plus fructueuses à long terme, si elles fournissaient des données sur les facteurs à l’origine de la maladie. »
  • Traitement : Examiner les différentes possibilités de traitements, incluant en dernier lieu les essais cliniques de médicaments. « Il s’agit d’une enquête à multiples facettes qui aborde une variété de points, dont vérifier si le contrôle de la pression artérielle aide à ralentir la progression de la maladie. Comme pour le VIH/sida, il se pourrait qu’un cocktail de médicaments produise de meilleurs résultats. Nous pourrions découvrir que certains médicaments, qui ont soi-disant échoué, sont efficaces lorsque prescrits en association avec d’autres. »
  • Qualité de vie : Établir la meilleure façon de maximiser la qualité de vie des personnes atteintes de démence et de leurs soignants. « À court terme, ce thème pourrait avoir le plus gros impact. Notre objectif est d’aider les personnes présentement atteintes de démence à améliorer leur capacité d’affronter la maladie et celle de leurs aidants. Nous examinons également d’autres grands enjeux sociaux, comme la conception de domiciles pouvant offrir aux patients un cadre de vie optimal. »

Pourquoi un consortium à l’échelle nationale? Parce que le CCNV peut offrir une structure et une plateforme de financement regroupant de nombreux cliniciens et chercheurs dans le but de résoudre le casse-tête que représentent la prévention des différentes formes de démence et leur traitement. En encourageant les collaborations, en convoquant une réunion annuelle et en organisant des webinaires, le CCNV permettra aux professionnels spécialisés dans ce domaine d’apprendre les uns des autres et de rendre leurs efforts plus efficaces.

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« Grâce à nos infrastructures, à nos plates-formes de recherche partagées, à nos équipes nationales de recherche et à un programme cohérent de recherche, nous espérons accélérer le rythme de nos progrès et découvrir un jour comment guérir ces maladies », déclare le Dr Chertkow.

Il ajoute : « Plus que jamais auparavant, les chercheurs canadiens joueront un rôle de premier plan sur la scène internationale dans la lutte mondiale contre la démence. Le CCNV offre un véritable espoir à tous ceux et celles qui vivent avec la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives ».

Un outil d’évaluation reconnu comme une nécessité à l’échelle mondiale

Le Dr Howard Chertkow (à gauche), le Dr Ziad Nasreddine et la Dre Natalie Phillips montrant une copie du test d’Évaluation cognitive de Montréal.

Le Dr Howard Chertkow (à gauche), le Dr Ziad Nasreddine et la Dre Natalie Phillips montrant une copie du test d’Évaluation cognitive de Montréal.

Conjointement avec le Dr Ziad Nasreddine et la Dre Natalie Philips, le Dr Howard Chertkow est surtout connu comme un des membres de l’équipe qui a mis au point le test d’Évaluation cognitive de Montréal (MoCA), l’outil de référence pour le diagnostic des premiers stades de la déficience cognitive.

La grande valeur de ce test est d’aider les médecins à déterminer si le manque de mémoire d’un patient âgé est simplement dû au vieillissement ou s’il s’agit du premier signe d’un trouble cognitif laissant peut-être présager la survenue de la maladie d’Alzheimer. Avant la création de cet outil diagnostique en 2005 à l’Institut Lady Davis, il n’existait aucune réponse simple et concise à cette question.

Aujourd’hui, ce test a même fait son entrée dans l’univers de la culture pop. Dans le premier épisode de la troisième saison de l’émission dramatique House of Cards sur le réseau Netflix, l’un des personnages victime d’un traumatisme crânien passe le test MoCA pour l’évaluation de son état.

La popularité de cet outil est telle que l’article scientifique qui l’avait fait connaître a été cité plus de 1 000 fois. Cela signifie que s’il en est souvent question dans des ouvrages scientifiques partout dans le monde, c’est en raison de son importance capitale dans ce domaine.

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